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 Dossier Venezuela : Les derniers événements

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akasha
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MessageSujet: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Lun 16 Mar - 21:04

Rappel du premier message :

Bonsoir mes frères & Sœurs I love you
Décidément les américains sont bien belliqueux ces derniers temps...ils ne savent où donner de la tête, Syrie, Ukraine, Irak, et j'en oublie...En même temps pour un pays qui a à son actif plus de 220 conflits et qui & été en guerre durant plus de 95 % de son existence, ce n'est pas étonnant. ici le cas qui va nous préoccuper est le Venezuela ! Où une fois de plus, ils ont tenté un coup d'état...Leur forfait échoué, Obama essaye une autre tactique en accusant et menaçant le pouvoir vénézuélien et Maduro. Mais Maduro n'est pas homme à se laisser intimider, et en digne successeur de Chavez, il sait comment s'y prendre pour ne pas laisser les yankees dicter leur conditions, a un peuple légitime qui a le droit de vivre comme ils l'entendent !
Pour développer, je vous proposes une synthèse des derniers événements qui a secouer le Venezuela...Mais qu'ils ont su relever et déjoué avec brio !
Akasha pour le LNM 2015.


Le Vénézuela « extraordinaire menace pour les Etats-Unis »

De toute manière, pour les plus grands paranoïaques (paranoïa simulée ou non) de la planète que sont les politiques et financiers américains, dès que cela ne permet pas aux États-Unis de se faire un maximum d’argent, alors c’est une menace!



En préambule d’un décret imposant un régime de sanctions (interdiction d’accès au territoire, gel des avoirs bancaires) à 7 responsables vénézueliens impliqués dans la répression violente de manifestations ayant eu lieu récemment et dirigées contre le président Maduro, Barack Obama a publié une déclaration estimant que le Venezuela était responsable «d’une inhabituelle et extraordinaire menace pour la sécurité nationale et la politique extérieure des États-Unis». Le Vénézuela est ainsi assimilé à la Syrie, l’Iran ou la Birmanie, sans mentionner la Russie. Barack Obama a ajouté qu’il déclarait « l’urgence nationale pour faire face à cette menace.»

Le président Nicolas Maduro a vivement réagi à la décision américaine. «Le président Barack Obama […] a décidé de se charger personnellement de renverser mon gouvernement et d’intervenir au Venezuela pour en prendre le contrôle», a-t-il affirmé, au cours d’un discours télévisé de deux heures. En réponse, il a décidé de nommer ministre de l’Intérieur le chef des services de renseignements sanctionné par les Américains. Le plus haut responsable diplomatique à Washington a également été rappelé.

Nous avions indiqué ici, dans un article du 11 février, que tout laissait penser qu’un coup d’Etat contre le président Maduro, successeur de Hugo Chavez et aussi détesté à Washington aujourd’hui que ne l’était ce dernier de son vivant, était sans doute en préparation. Effectivement, peu après, le 13 février, le maire de Caracas, et figure de l’opposition Antonio Ledezma avait été arrêté par les services de renseignement, soupçonné d’avoir encouragé un coup d’Etat dans le pays. Nous ne pouvons évidemment nous prononcer sur ce point. Néanmoins il est connu de tous que les Etats-Unis, directement ou par personnes interposées, ont l’habitude de faire tomber les régimes qui s’opposent à eux en provoquant de tels pronunciamientos.

Il est clair que la nouvelle déclaration de Barack Obama contre le Vénézuéla, ressemblant beaucoup à une déclaration de guerre, ne pourra qu’être interprétée à Caracas et dans les autres capitales, ainsi qu’au sein du BRICS, comme préparant une intervention militaire. Ainsi pourrait disparaître un gouvernement dont le grand tort est d’être non aligné sur Washington et allié de la Russie, sans compter le fait que le Vénézuela dispose d’importantes réserves de pétrole sur lesquelles les grandes compagnies pétrolières américaines aimeraient bien mettre la main.

L’affaire ne sera pas cependant aussi facile qu’Obama semblait le penser. On apprend ce jour 12 mars que la Russie va se joindre aux manœuvres militaires défensives planifiées pour cette fin de semaine (14 et 15 mars) dans tout le Venezuela. Le ministre de la Défense, Serguéi Shoigu, a accepté l’invitation de son collègue vénézuélien, Vladimir Padrino Lopez. La Russie participera aux exercices militaires des forces de défense antiaérienne et aux manœuvres de tir de lance-roquettes multiple russe BM-30 Smerch. À ceci s’ajoutera l’escale de navires russes dans les ports du Venezuela.

L’Amérique ne pourra évidemment pas comparer cela à la crise des missiles de 1962 l’ayant opposée à Cuba et indirectement à l’URSS. Mais nous pouvons être certain que l’accusation sera lancée. Il serait pertinent alors de rappeler à Obama sa propre participation militaire, directement ou via l’Otan, en Ukraine et dans la majorité des pays frontaliers à la Russie, à des manoeuvres militaires plus qu’agressives.

Source: Blogs. Mediapart.fr via Sott.net

Pour en savoir plus au niveau de la réponse de la Russie au Venezuela, ce petit article s’impose: Venezuela, la Russie répond à l’appel.Venezuela, la Russie répond à l’appel.

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L’Amérique latine défend le Venezuela face au décret du président Obama



Après la décision du président Barack Obama, le 9 mars 2015, de décréter « l’urgence nationale aux États-Unis » face à la « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et notre politique extérieure qu’est le Venezuela » (sic), le président de Bolivie Evo Morales a demandé une réunion d’urgence de l’UNASUR (organisme regroupant la totalité des nations sud-américaines) et de la CELAC (Communauté élargie des États latino-américains et des Caraïbes) « pour nous déclarer en état d’urgence et défendre le Venezuela face à l’agression de Barack Obama. Nous allons défendre le Venezuela ». Il a souligné l’importance de l’unité des peuples face à l’Empire qui tentent de « nous diviser, pour nous dominer politiquement et nous spolier sur le plan économique ».


Le président Correa, à travers son chancelier, a exprimé son « rejet le plus ferme de la décision illégale et extra-territoriale contre le Venezuela, qui représente une attaque inacceptable pour sa souveraineté ». Il a rappelé le signal négatif que constitue la signature de ce décret par Obama, 48 heures après la visite de travail de l’UNASUR à Caracas. Cette délégation a enquêté sur la récente tentative de coup d’État contre le président Nicolas Maduro, élu en avril 2013, et a rejeté l’ingérence extérieure, demandant aux secteurs violents de l’opposition de revenir à la voie électorale.


« Comment le Venezuela menace-t-il les États-Unis ? À des milliers de kilomètres de distance, sans armes stratégiques et sans employer de ressources ni de fonctionnaires pour conspirer contre l’ordre constitutionnel étasunien ? Une telle déclaration faite dans une année d’élections législatives au Venezuela révèle la volonté d’ingérence de la politique extérieure étasunienne », a déclaré pour sa part le gouvernement cubain.

Les mouvements sociaux latino-américains se sont mobilisés en défense de la démocratie vénézuélienne. Pour Joao Pedro Stédile, de la direction nationale du Mouvement des Sans-Terre du Brésil : « Au Brésil, il y a un peuple qui est avec vous ; nous serons toujours solidaires et nous ne laisserons pas l’Empire envahir le Venezuela pour récupérer ses gisements de pétrole ».

Le mouvement social bolivien a également manifesté sa solidarité. Rodolfo Machaca, dirigeant de la Confédération syndicale des travailleurs agricoles, a condamné l’ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures vénézuéliennes, et leur complicité avec les violences organisées par la droite. Selon Machaca : « La situation au Venezuela nous préoccupe, c’est pourquoi nous proclamons notre solidarité avec ce pays, mais aussi avec le président Maduro. Nous condamnons l’ingérence nord-américaine et toutes les tentatives de coup d’État ou autres manœuvres visant à la déstabilisation du Venezuela ».

Lire la suite de l'article sur le lien

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Venezuela : Maduro demande des pouvoirs spéciaux en riposte aux sanctions américaines

Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a demandé mardi à l’Assemblée nationale de Caracas de lui donner des pouvoirs spéciaux pour répondre à « l’agression impérialiste » des États-Unis, en riposte aux sanctions de Washington contre de hauts responsables vénézuéliens annoncées la veille.



M. Maduro a aussi appelé la population vénézuélienne à participer aux côtés de l’armée à des exercices de défense qui seront organisés dès samedi prochain.

Dans un discours prononcé à l’Assemblée nationale, le président a demandé aux députés de lui donner « des pouvoirs suffisants pour défendre la paix, la souveraineté et le développement du Venezuela face à la menace du gouvernement des États-Unis », qu’il a qualifiée d’« aberration historique ».

« L’agression et la menace des États-Unis sont les plus graves qu’ait jamais subies le Venezuela ; il faut lui répondre par l’unité nationale », a insisté M. Maduro.

Le Président a indiqué avoir ordonné « un exercice défensif militaire spécial samedi prochain 14 mars ». « J’invite tout le peuple du Venezuela […] à soutenir les forces armées et la milice nationale dans cet exercice », a-t-il lancé.

Dès lundi soir, le président Maduro avait qualifié de « coup le plus agressif, injuste et néfaste jamais porté au Venezuela » l’annonce des sanctions de Washington, prises selon la présidence américaine en réaction à des violations des droits de l’Homme au Venezuela.

« Vous n’avez pas le droit de nous agresser et de déclarer que le Venezuela est une menace pour le peuple des États-Unis ; la menace pour le peuple américain, c’est vous », avait-il déclaré à l’adresse du président des États-Unis, Barack Obama.

Celui-ci avait qualifié lundi la situation au Venezuela de « menace extraordinaire et inhabituelle pour la sécurité nationale et la politique extérieure des États-Unis ». Il avait annoncé des gels d’avoirs et des interdictions de visas contre sept responsables vénézuéliens impliqués dans la violente répression des manifestations contre le gouvernement Maduro entre février et mai 2014.

Discours d’Hugo Chavez :



Source : Almanar.com

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Maduro : « Le Venezuela fait face à une très grave menace »



Le 9 mars 2015, le président Obama déclare « l’urgence nationale » face à la « menace inusuelle et extraordinaire » que ferait peser le Venezuela sur les États-Unis. Face à ces déclarations, Nicolas Maduro demande à l’Assemblée nationale vénézuélienne les pleins pouvoirs lui permettant de gouverner par décret : c’est la « loi habilitante ».


Maduro : "Le Venezuela fait face à une très... par librepenseur007

Source : Vincent Lapierre

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akasha
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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Sam 4 Nov - 3:43

Prix Sakharov remis à l’opposition vénézuélienne : quand le Parlement européen donne un blanc-seing au fascisme



L’Union Européenne fait non seulement preuve d’ingérence dans la politique intérieure vénézuélienne, mais elle s’immisce aussi dans les conflits internes de l’opposition, que l’on pourrait résumer comme étant une lutte entre les modérés et ceux qui ont choisi la voie du non-dialogue. Le Parlement européen a donc décidé de récompenser ces derniers en leur attribuant le prix Sakharov.

Le jeudi 26 octobre dernier, le Parlement européen a attribué le prix Sakharov à « la liberté de l’esprit » de l’opposition vénézuélienne, à l’heure des accusations mutuelles et de l’effondrement de la soi-disant position commune à la Table de l’Unité Démocratique (MUD), la coalition politique de l’opposition vénézuélienne.

À la suite des élections régionales du 15 octobre dernier, quatre des cinq gouverneurs de l’opposition élus font partie de l’Action Démocratique (AD), le parti politique actif le plus ancien du Venezuela, fondé en 1941.

Les gouverneurs de l’AD ont rempli leur obligation légale de prêter serment devant l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), reconnaissant ainsi la légitimité de cette entité, remise en cause par les autres partis politiques comme Primero Justicia (PJ [Justice d’abord, NdT]) et Voluntad Popular (VP [Volonté Populaire, NdT]), qui en rejettent la légalité.

C’est pour cette raison que le gouverneur élu de l’État de Zulia, Juan Pablo Guanipa, membre de PJ, n’assumera pas ses fonctions, puisqu’il ne reconnaît pas l’autorité de l’ANC, se plaçant ainsi en marge de la loi vénézuélienne. En conséquence, l’ANC a convoqué de nouvelles élections dans cet État, prévues pour le 10 décembre, où le gouvernement sera dirigé par un homme politique élu par les citoyens, mais qui reconnaîtra et se conformera à l’État de droit.

Cette situation a ouvert une brèche gigantesque au sein de la MUD ; l’ex-candidat de PJ à la présidence, Henrique Capriles, a annoncé son retrait de la MUD, arguant qu’il ne pouvait partager le même espace que le leader de l’AD, Henry Ramos Allup, puisque ce dernier aurait trahi l’esprit de l’unité. Même si le chef de l’AD a ouvertement sanctionné d’expulsion les gouverneurs de son parti ayant prêté serment devant l’ANC, les alliés que sont PJ et VP ne se satisfont pas de cette action.

Les détracteurs de Ramos Allup l’accusent de complicité avec le « régime » du président Nicolás Maduro ; mais en tant que vétéran politique, le leader de l’AD agit pour son propre intérêt, son parti étant celui qui occupe le plus d’espace politique et territorial dans l’opposition après les élections des gouverneurs. Et cette position permet à Ramos de rêver à une candidature pour les prochaines élections présidentielles de 2018. C’est sur ce point que la bataille semble effectivement faire rage au sein de l’opposition vénézuélienne, c’est à dire la lutte pour la candidature à la présidence et non sur quelque différence éthique entre Ramos Allup et ceux qui se montrent inflexibles avec le gouvernement de Maduro.

Les lauréats du Parlement européen sont l’Assemblée Nationale ainsi que sept prisonniers vénézuéliens. Parmi ces derniers figure Lorent Saleh, extradé depuis la Colombie vers le Venezuela en septembre 2014, pour avoir prévu des attentats contre la République Bolivarienne du Venezuela, et notamment de « descendre 20 macchabées en 48 heures », faisant allusion à des assassinats ciblés afin de provoquer une déstabilisation comme l’ont montré des vidéos diffusées à la télévision vénézuélienne. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles la présidente de l’ANC, Delcy Rodríguez, a déclaré que le Parlement européen offrait un blanc-seing au fascisme.

De cette manière, l’Union Européenne fait non seulement preuve d’ingérence dans la politique intérieure vénézuélienne, mais elle s’immisce aussi dans les conflits internes de l’opposition, que l’on pourrait résumer comme étant une lutte entre les modérés et ceux qui ont choisi la voie du non-dialogue. Le Parlement européen a donc décidé de récompenser ces derniers en leur attribuant le prix Sakharov.

Il faut rappeler que le prix Sakharov, créé en 1988, a été remis quatre fois à des personnes ou organisations latino américaines dans le passé, dont trois l’ont été pour des cubains s’opposant au gouvernement révolutionnaire de l’île caribéenne, qui sont José Payá, les Dames en Blanc, et Guillermo Fariñas. On note ainsi une belle harmonie entre le prix international européen et les politiques des États-Unis contre Cuba et le Venezuela.

Le prix Sakharov pour une frange de l’opposition vénézuélienne consistera à leur remettre un certificat ainsi que la somme de 50 000 euros au cours d’une cérémonie qui aura lieu le 13 décembre ; cérémonie à laquelle ne pourront pas participer les prisonniers vénézuéliens pour des raisons évidentes, sauf pour le président de l’Assemblée Nationale et membre du parti PJ, Julio Borges.

Mais le parti de Borges vient d’être écrasé aux élections régionales, perdant l’État de Miranda et n’arrivant pour l’instant à s’imposer que dans un seul des 23 États que compte le Venezuela, l’État du Zulia.

Il faudra voir si à la suite des élections du 10 décembre, PJ arrive à conserver Zulia. Dans le cas contraire, Borges sera un politique primé qui représenterait un parti sans territoire notable au Venezuela et qui comptera les forces étrangères comme seul soutien, qu’il vienne de Washington ou de Bruxelles.



[color:56ae=#ffff99Traduit de l’espagnol par Rémi Gromelle]


Source : Journal de Notre Amérique

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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Mar 14 Nov - 1:06


Bonsoir les amis Very Happy Le Venezuela qui était au bord du défaux de payement, vient d'être sauvé temporairement ? par ses aliés Russes et chinois, le sort s'acharne sur le peuple vénézuélien qui a fait le chois de continuer à faire confiance à Maduro, après une victoire écrasante aux élections régionales dans un silence assourdissant des médias mainstream pro opposition.
Akasha.


Élections Régionales au Venezuela: le triomphe du chavisme, l’opposition désorganisée et les médias en plein déni



Alors que le président de la Commission Électorale du Venezuela (CNE) lit les résultats des élections régionales ayant eu lieu le dimanche 15 octobre, on peut sentir l’agonie dans les salles de rédactions des medias mainstream. Le chavisme vient de gagner 18 des 23 (1) régions, un résultat qui, selon eux, n’aurait pas dû arriver. Les observateurs internationaux ont loué le processus électoral et les accusations de fraude, reprises naïvement par les médias, ne tiennent pas debout.

Le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) a remporté une victoire retentissante lors de ces élections. Parmi les trois quart des régions sécurisées, certaines sont plutôt importantes. Hector Rodríguez, un jeune leader chaviste charismatique, a repris la gouvernance de Miranda à l’opposition. Miranda comprend une partie de Caracas et était le principal point chaud des violences de l’opposition des derniers mois. Un autre exemple concernait l’État de Barinas, d’où Chávez est originaire, qui avait montré quelque agitation ces mois passés. Le plus jeune frère de Chávez, Argenis, était le candidat et l’État était gouverné avec succès par le PSUV.

L’opposition a perdu les trois régions gagnées en 2012 (Miranda, Amazonas et Lara) et en a gagné cinq autres (Anzoátegui, Mérida, Nueva Esparta, Táchira et Zulia), avec trois de celles-ci à la frontière de la Colombie, soulevant des craintes de voir l’activité paramilitaire augmenter. La participation totale a été de 61%, en comparaison des 54% cinq ans plus tôt, et le PSUV a récolté 54% des votes, soit environ 5,6 millions de votes. Ceci marque un revirement complet par rapport aux législatives de 2015. Cela démontre aussi que le noyau central du chavisme reste très fort et ceci moins grâce à ses actions cohérentes qu’à l’incapacité de l’opposition à mobiliser ses supporters.


Carte électorale après les élections régionales de dimanche. Le chavisme a remporté 18 régions (rouge), et l’opposition cinq (bleu).

La réaction des médias est digne de figurer dans les livres d’histoire. N’ayant pas prêté beaucoup d’attention à ces élections, la période pré-électorale ne présentait que le même discours recyclé : « si les élections sont justes et transparentes, ce sera un raz-de-marée de l’opposition ». Une fois les résultats publiés, plutôt que de chercher à les comprendre et trouver pourquoi leurs prédictions étaient fausses, les médias sont simplement descendus dans le terrier du lapin. Selon leur récit biaisé et leurs sondages historiquement inexacts,, c’était tout simplement impossible !

La preuve soutenant cette impossibilité était aussi moins que convaincante. Il y avait l’habituelle accusation non fondée, ou aisément contrecarrée, de « fraude » (plus ou moins tard). Le New York Times a ajouté la très scientifique déclaration comme quoi « la participation fut apparemment plus faible », alors que Reuters, avec sa crédibilité toujours plus douteuse, a été plus loin en parlant de votants forcés de voter une arme sur la tempe ! Plusieurs analystes ont paradé en déclarant que ces résultats étaient impossibles, certain argumentant même que c’était « inconcevable ». Il semble que ces journalistes et analystes aient violé l’une des règles cardinales de la circulation (de l’information) : ne jamais se griser de ses propres sources. Dit simplement, ils ont commencé à vraiment croire en leur propre propagande.

Une défaite retentissante pour l’opposition vénézuélienne

Examinons maintenant dans le passé récent les actions de l’opposition vénézuélienne soutenue par les États-Unis. Tout d’abord, ils ont déclenché une vague de violence dans les rues en avril qui a provoqué plus de 100 morts (la plupart causée par la violence de l’opposition). Avec la propagande des médias à plein régime, ils ont déclaré être sur le point de « renverser la dictature ». Mais à part en quelques occasions isolées, la violence ne s’est jamais répandue au-delà des bastions de l’opposition, principalement dans Caracas est.

Après que Maduro ait proposé l’Assemblée constituante, l’opposition a refusé d’y participer et déclaré qu’ils l’empêcheraient d’avoir lieu. Ils ont même mis en scène leur propre « référendim » rejetant l’Assemblée constituante et ont appelé les forces armées à intervenir. Mais dans ce qui fut une démonstration de force massive des chavistes, ainsi qu’un rejet de la violence de l’opposition, plus de 8 millions de personnes ont voté le 30 juillet. Tout ce que l’opposition, et les médias, pouvait faire, c’était de déclarer que les chiffres étaient faux, basés sur des sondages bâclés à la sortie des urnes et des déclarations sans fondement de Smartmatic (2). Ces élections et la prise de serment de l’Assemblée constituante ont effectivement apporté la paix dans les rues.

Alors, après avoir déclaré renverser la dictature et demandé que Maduro se retire le lendemain, l’opposition s’est tournée vers ses supporters et leur a demandé le plus sérieusement du monde de sortir et de voter aux élections régionales. Certaines des factions dures ont refusé d’y prendre part (et réprimande maintenant leurs dirigeants de l’avoir fait) mais la plupart des partis de l’opposition ont poursuivi le discours absurde de « voter contre la dictature ». Finalement, l’absurdité les a rattrapés et le résultat fut une défaite retentissante. Et alors, comme une horloge, l’opposition a déclaré que les résultats étaient frauduleux. Franchement, que leur reste-t-il à faire ? Ils pourraient envoyer leurs candidats vaincus à Washington DC et continuer à former leur « gouvernement en exil ». (3)


Les contradictions du leader d’opposition Julio Borges à propos des élections régionales (traduits à partir de Misión Verdad)

Accusations de “fraudes” frauduleuses

Si la couverture médiatique du Venezuela conservait un minimum d’honnêteté, les articles expliqueraient comment fonctionne le système de votation, et donc que ces allégations de « fraudes » peuvent êtres mises en contexte. En résumé, les votants marquent leur vote sur une machine, un bulletin papier est imprimé, et s’il correspond au vote, ils le déposent dans une urne. Une fois le vote complété, un audit est conduit dans 54,4% des bureaux de vote, sélectionnés au hasard. Il consiste à recompter les bulletins papiers et voir s’ils correspondent, avec une marge d’erreur très serrée, avec le décompte électronique. Cela assure que statistiquement les résultats sont quasiment définitifs, et c’est ce que le président du CNE, Tibisay Lucena, veut dire quand elle annonce que les résultats sont « irréversibles ».

Les chavistes, l’opposition et les observateurs internationaux prennent part aux vérifications avant le vote, sont présents dans les bureaux de vote durant la journée, et sont aussi présents pendant l’audit. À la fin du processus, ils signent un compte-rendu (acta). Il est donc très difficile de dire qu’il y a eu une vraie fraude électorale. En fait, le candidat vaincu de l’opposition à Miranda, Carlos Ocariz, a dit qu’il avait lui-même eu les comptes-rendus en main et que ce n’était pas là le problème. Il est donc ridicule pour la France et le Département d’État des États-Unis de déclarer qu’il y a un problème dans le processus de remise des résultats.

La principale plainte de « fraude » dans les médias concernait la relocalisation de plus de 200 bureaux de votes (sur 13 500) loin des zones où l’opposition est la plus forte et dans des zones traditionnellement progouvernementales. Ce qui, de façon très commode, n’a pas été signalé, c’est qu’il s’agissait de bureaux qui n’avaient pas pu être ouverts lors des élections pour l’Assemblée constituante à cause des violences exercées par l’opposition, ce qui rend les préoccupations pour la sécurité du CNE plus que justifiées.

Il y a eu aussi des protestations à propos de candidats de l’opposition ayant perdu des élections primaires (contestées) qui n’ont pas été retirés des bulletins, ce à quoi le CNE a répondu que les demandes de retrait du vote n’avaient pas été remplies à temps. Mais au vu des résultats, tous les tournois électoraux concernaient virtuellement que deux candidats, avec à peine le moindre vote pour un candidat en troisième position et avec le gagnant remportant plus de 50% des votes ; toute conséquence due à cela était négligeable (à l’exception possible de l’État de Bolivar).

Une autre plainte concernait certains bureaux de votes n’ayant pas ouvert à l’heure. Ceci étant dit, même après la fermeture des sondages à 18 heures, quiconque fait encore la queue doit voter, donc cette plainte ne tient pas la route. L’un dans l’autre, l’opposition vénézuélienne, leurs soutiens et les médias voudraient faire croire au monde que les élections étaient frauduleuses parce que les votants de la classe-moyenne ne veulent pas attendre dans une file et encore moins voir des gens pauvres sur le chemin du bureau de vote.


Célébration chaviste après le triomphe électoral (photo par AVN)

Le chemin à venir

Il est difficile de voir où va aller l’opposition vénézuélienne d’ici, avec des signes déjà évidents de luttes internes. Avec leur comportement du « culte de la catastrophe » il est improbable qu’ils aient le moindre succès dans la réactivation de la violence urbaine, et par conséquent leur destin repose essentiellement sur ce que l’empire américain peut faire. Ils espéreront que (plus) de sanctions peuvent infliger assez de souffrances aux Vénézuéliens pour qu’ils aient une chance de gagner les élections présidentielles l’année prochaine. Les plus fanatiques pourraient même espérer que Trump continue à menacer le pays d’une intervention militaire.

Une chose sur laquelle ils peuvent compter, c’est le soutien résolu et inconditionnel des médias mainstream. Alors que les votants et les supporters de l’opposition peuvent faire appel à leur mémoire et critiquer les incohérences et les contradictions, il ne faut pas en attendre de même de la part des médias. Ils continueront de se faire l’écho des déclarations disant qu’il y a eu fraude dans ces élections, que la participation du 30 juillet était exagérée, et à étirer l’histoire de cette ancienne procureur disant à tout venant qu’elle a la preuve de la corruption impliquant les fonctionnaires du gouvernement. Comme tout ce qui peut être utilisé contre le gouvernement bolivarien, on n’a jamais besoin de preuves.

Quant au chavisme, il est indéniable que les deux dernières élections ont été pour lui de sacrées victoires. Les analystes occidentaux mesurent et encore une fois n’arrivent pas à cerner la vitalité de la révolution bolivarienne, et rabaissent les chavistes à des zélotes au cerveau lavé ou des gens simplement effrayés de perdre leurs bénéfices (4). La réalité, c’est que, même à travers une grave crise-guerre économique qui les a frappés durement, et malgré ce que le leadership aurait dû faire différemment, les Vénézuéliens pauvres et la classe ouvrière voient encore ce projet comme leur appartenant, un projet duquel ils sont acteurs et non pas de simples spectateurs.

Le mandat de Maduro a sans doute vu le chavisme être sur la défensive tout le temps, avec une guerre économique, une baisse constante des prix du pétrole, deux incarnations de la violence guarimba et les constantes pressions et sanctions internationales. Tout juste sorti de cette victoire électorale et avec l’Assemblée constituante en place, il est impératif que le chavisme saisisse ce moment pour se radicaliser, pour passer à l’offensive, avec une année devant lui avant les élections présidentielles. Le soutien qu’il a retenu à travers cette tempête ne doit pas être tenu pour acquis, et il a maintenant une fenêtre de tir pour lutter contre la corruption, augmenter le contrôle de la classe ouvrière sur l’économie, augmenter l’influence des communes, etc. Ce n’est pas qu’une question de conserver la base impliquée, il s’agit de comment sera gagnée la guerre économique, de comment on construira le socialisme.

Notes

(1) Les résultats initiaux n’ont été finalisés que pour 22 des 23 États. Dans l’État méridionale de Bolívar, la victoire du candidat du PSUV a été confirmée d’une maigre avance.

(2) Smartmatic, la compagnie responsable du logiciel des machines à voter, a déclaré que “sans aucun doute” la participation a été gonflée d’au moins 1 million de votes. La déclaration a été rejetée par les autorités électorales du Venezuela car la compagnie n’a pas accès aux données électorales. Plusieurs organisations de solidarité ont envoyé une lettre au directeur de Smartmatic, Antonio Mugica, le 8 septembre lui demandant que la compagnie présente soit une preuve de sa déclaration soit des excuses. Il n’y a pas encore eu de réponse à ce jour.

(3) À point nommé, María Corina Machado a exhorté l’assemblée nationale contrôlée par l’opposition, qui est accusée d’outrage à magistrat depuis mi-2016, de nommer une nouvelle autorité électorale. On espère qu’il y a assez de place au siège des l’Organisation des États américains à Washington.

(4) Si seulement ils avaient une compréhension politique profonde et mature comme celle de l’opposition et son slogan “on ne veut pas être Cuba”…


Photo couverture : Le président Maduro a qualifié la victoire électorale de message contre l’impérialisme (photo par AVN)



Traduit de l’anglais par Jean-Noël Pappens pour Investig’Action

Source :
Journal de notre Amérique, Investig’Action[/color

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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Lun 20 Nov - 15:40

Venezuela, les raisons obscures



Ce documentaire n’est pas un travail conjoncturel. Il restera en vigueur tant que les États-Unis persisteront à vouloir en finir avec la Révolution bolivarienne qui se construit au Venezuela, pour s’approprier son pétrole et autres ressources naturelles.

Un documentaire basé sur des entretiens avec des spécialistes vénézuélien(ne)s qui nous racontent, dans un langage simple et didactique, une histoire que les grands médias persistent à dissimuler ou à déformer.



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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Dim 10 Déc - 4:07

Venezuela : dictature ou démocratie ? un citoyen belge témoigne



Jonas Boussifet est un jeune militant belge, engagé dans les mouvements de solidarité et des droits humains à Bruxelles. Après avoir vu des reportages sur la “répression” au Venezuela, il a décidé d’aller voir de ses propres yeux et de recueillir des témoignages. Mais en arrivant, il a découvert une réalité bien différente de celle qu’avaient présentée les médias. Dans cet entretien, nous abordons ses impressions sur le Venezuela, la propagande occidentale et ce qu’elle cache…


Vous avez un témoignage à contre-courant sur le Venezuela. Racontez-nous…



En fait très simplement j’y suis allé avec un regard de citoyen du monde, et pour plus précis : de citoyen européen. Et je me posais la question de savoir ce qui se passait réellement au Venezuela, j’avais entendu parler des fameux 120 morts qu’il y avaient eu sur place, les 120 morts que le gouvernement avait soi disant abattus ou laissé tuer pendant les manifestations. Et voilà, mon premier objectif était d’aller là-bas pour observer, voir ce qui s’y passait.

Et aussi dans un second temps je reconnais que c’était un objectif très naïf et très, très égoïste : en tant que photographe amateur et militant, je voulais prendre des photos des manifestations sur place. Je voulais revenir avec des clichés représentant les manifestations et la répression policière…




C’était dans le cadre de votre travail?



Non, c’était totalement personnel. Et c’est ce que j’expliquais : j’étais « déçu » à mettre entre guillemets ; parce que sur les trois semaines où j’étais là-bas, il n’y a eu que deux manifestations. Une était une mobilisation du gouvernement et l’autre une manifestation de l’opposition et qui était très, très loin de ce que de ce qu’on pouvait voir ici aux informations par rapport aux répressions et aux valeurs défendues par l’opposition. Les manifestations que j’ai vues se sont toujours déroulées dans un cadre bienveillant et où la répression policière était aux abonnés absents… les policiers étaient là pour encadrer mais il n’y a eu aucune répression telle qu’on peut voir sur nos écrans.

J’avais aussi entendu parler des fameux “cacas bambas”, le principe était de lancer des bouteilles contenant des excréments pour éviter de lancer des cocktails molotov et voilà sur le temps que je suis resté là-bas je n’ai pas pu assister aux manifestations tels que les médias mainstream la diffuse. Je n’ai pas pu prendre le cliché parfait non plus. Donc ça m’a permis de creuser et de me renseigner sur ce qui se passait là-bas. Pourquoi les informations qui étaient reliées ici étaient si tronquées ? et donc mon ambition après était de me balader dans les rues de Caracas, de Miranda de Bello Monte et d’apprendre à connaître la population.




Vous y êtes resté combien de temps et aussi à quelle période ?



Je suis resté trois semaines là-bas, c’était au mois d’août, juste après la Constituante. J ‘y suis allé du 18 août au 5 septembre. J’ai investigué dans les rues, j’ai recueilli des témoignages. J’ai parlé à des militants de l’opposition et j’ai eu la chance aussi de faire des interviews au ministère de l’information et de la communication. C’est grâce à ces rencontres que j’ai pu avoir différents avis qui m’ont permis de former mes représentations et le plaidoyer que je fais actuellement.




Vos interviews, c’était dans le cadre d’un projet ?



Oui, je voulais faire un projet personnel au début pour essayer de rétablir la vérité, essayer de faire la contre-information de ce qu’on voyait dans les médias ici, parce que je me suis aperçu qu’en fait je m’étais trompé sur toute la ligne par rapport aux manifestations. Mon objectif c’était de recueillir des interviews, j’ai fait quelques petits films de ce qui se passait dans les rues. Mon projet est toujours de réaliser un montage par rapport à qui se passe là-bas.




Comptez-vous le présenter prochainement ?



Oui, je pense que c’est nécessaire maintenant ; j’essaie d’assister à un maximum de conférences qu’il y a à propos du Venezuela. Dernièrement j’ai intégré une association qui s’appelle Venesol, c’était dans l’idée de ne plus suivre les médias mainstream et de rétablir ma vérité par rapport à la situation que j’ai rencontré là-bas.




Concrètement, qu’est-ce qui vous a plus choqué dans ce décalage entre vos impressions au départ, et ce que vous avez pu réellement témoigner sur place là-bas ?



Ce qui m’a choqué le plus avant mon départ c’était à propos des fameux 120 morts et la brutalité de la répression policière tel qu’annoncée dans nos journaux télévisés. En fait ici en Belgique je fais partie de différents groupes d’action qui font des manifestations et je voulais voir comment se déroulait une manifestation là-bas et c’est ça qui m’a énormément étonné. Je me considère de l’opposition ici en Belgique par rapport à notre gouvernement. Et oui je voulais voir ce que ça donnait une opposition dans les autres pays et revenir avec différents thèmes et différentes méthodes de manifestations.

Et lorsque j’étais à Caracas il y a eu une manifestation qui était une mobilisation du gouvernement. Elle a été retranscrite et diffusée en Europe par après, donc j’ai refait des recherches et on pouvait trouver via Euronews que cette mobilisation était un entraînement des milices vénézuéliennes. Cette mobilisation-là a eu lieu le 28 août et les infos relayées par nos presses étaient à l’opposé de ce que j’ai vu sur place.




C’était une marche anti-impérialiste…



Oui, c’était une marche militaro-citoyenne pro-gouvernementale, où tous les gens qui y participaient faisaient un trajet dans la rue, et ensuite il y avait un entraînement à la manipulation des armes. Et bien que je me considère comme profondément pacifiste et non-violent, le fait d’avoir assisté à ça a énormément remis en question mes réflexions sur les notions de pacifisme et de sécurité aussi.

Parce que finalement qu’est-ce qu’être en sécurité ? Ici en Belgique la sécurité est une compétence de l’armée et de la police, et lorsqu’on voit à ce quoi ils œuvrent pour notre « sécurité », des rafles ici et des guerres là-bas, je me dis que le citoyen devrait avoir son mot à dire par rapport à cette compétence. Le gouvernement Michel ponctionne dans la sécurité sociale pour investir dans l’achat de nouveaux avions de chasse.

Qu’est ce qui le plus important ? Bombarder là-bas ou soigner ici ? c’est ça la véritable sécurité. Et pourtant ils vont injecter des milliards dans ces avions de chasse pour notre « sécurité ». Nous sommes totalement déconnectés de cette notion de sécurité pour tolérer ce genre d’investissement, et puisque nous en sommes déconnectés le citoyen est prêt à renoncer à son droit à se défendre et ce même face à un Etat de plus en plus anti-démocratique et d’extrême droite. Et là-bas donc il y avait un entraînement à la manipulation des armes pour les citoyens, mais aussi à l’organisation de structure populaire en cas de coups d’état, d’attaques de paramilitaires ou de guerre civile. Je n’accepte pas le mot milice car c’était ouvert à tous et à toutes. Même moi je pouvais y participer et pourtant à ce que je sache je ne suis pas membre d’une milice vénézuélienne.




Ces événements dont vous parlez ont été comme une réponse aux menaces de Trump…



Une réponse aux sanctions, oui. L’objectif de cette mobilisation était de montrer qu’il n’y avait pas que le gouvernement vénézuélien qui était contre une ingérence des Etats-Unis, mais aussi « el pueblo ». Par cette mobilisation le peuple du Venezuela voulait soutenir son président et « sortir les dents » devant Trump. Et à mon avis c’est pour ça que certains médias ont manipulé cette mobilisation en la transformant en un entraînement de milices.




Quel est votre regard sur ce qu’on appelle “l’opposition vénézuélienne” ?



D’abord comme je l’ai dit, je me considère dans l’opposition en Belgique, bien que je ne sois pas membre d’un parti politique. Je pense qu’il est nécessaire d’avoir une opposition dans chaque pays. Ça fait partie du jeu démocratique et ça permet une évolution constante de la politique. Un pays sans opposition est un pays dictatorial selon moi. Donc je partais avec une idée romantique de cette opposition vénézuélienne.

De plus les médias européens montraient que l’opposition était traduite par des jeunes qui étaient démunis face aux violences policières. Et lorsqu’il y a eu une manifestation de l’opposition, le trajet parcouru était tellement révélateur d’une ingérence étatsunienne que j’ai vite abandonné cette idée que le peuple se battait pour ses idées. Le trajet de la manif de l’opposition se terminait en face de l’ambassade des Etats-Unis à Caracas, où ils étaient accueillis pour faire part de leurs revendications. Autant dire qu’en voyant ça ma vision romantique de l’opposition vénézuélienne qui luttait pour plus de démocratie était en effet une mascarade impérialiste instrumentalisée par un Etat étranger : les Etats-Unis.

Lorsque je faisais mes interviews et photos sur place, je me basais sur les graffitis qu’il y avait dans la rue. Je voyais souvent un graff’ en particulier, le « #350 ». J’ai appris que ce graffiti était en fait un article de la constitution bolivarienne du Venezuela qui permettait au peuple de manifester lorsqu’il n’était pas d’accord avec les directives de son gouvernement. Cet article était utilisé par l’opposition pour légitimer ses actions. Le mot peuple est important dans cet article. Parce que j’avais plus l’impression que cet article était utilisé non pas par le peuple, mais par des intérêts étrangers au service du capitalisme.



Et vu d’ici, avec le recul, pensez-vous que la perception de la gauche européenne sur les événements du Venezuela ait été à la hauteur ?



En voyant les sanctions prises par l’Union Européenne et le prix Sakharov décerné à l’opposition vénézuélienne ? Je n’ai pas l’impression que la gauche européenne a rempli son rôle. Ou alors la gauche européenne n’a aucune légitimité à porter le nom de « gauche ». La gauche est normalement synonyme de progression, de changement, d’une politique sociale et pas au service d’une politique libérale. Or c’est le rôle qu’elle a joué et qu’elle continue à jouer. La remise du prix Sakharov à l’opposition Vénézuélienne est une insulte à la démocratie. Tout comme le prix Nobel de la paix qui avait été décerné à Obama alors que c’est le président américain ayant commis le plus d’assassinats ciblés. Non la gauche n’a pas rempli son travail sur ce dossier.

Et puis qui sommes-nous pour décerner un prix de la démocratie ? Un peuple qui ne participe à la politique que quand il élit ses représentants tous les « x » années. Des représentants qui ont les mêmes noms depuis plusieurs générations, on peut parler de dynastie politique en Belgique avec les Michels, les De Croos, les De Clerks et consort. Un peuple qui accepte qu’on lui enlève ses libertés pour plus de sécurité. Un peuple dont la participation aux élections est en baisse…

Au Venezuela, c’est le contraire : la participation aux élections est croissante. Ils connaissent leur constitution. Ils s’insurgent et ont le droit de s’insurger lorsque les décisions politiques ne correspondent pas à leurs attentes. Je pense qu’on devrait prendre exemple sur ce peuple. Pour eux, la politique est un devoir citoyen et pas un droit qu’ils ont refilé à des individus aux antipodes de la réalité du citoyen lambda.



[b]]Photo : Jonas Boussifet

Source: Le Journal de Notre Amérique[/b

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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Dim 17 Déc - 5:11

Pendant ce temps-là, en Colombie (zone frontalière avec le Venezuela)



Vous avez peut-être découvert Michel Collon sur YouTube? Investig’Action souhaite développer une véritable chaîne vidéo avec des reportages réguliers et des interviews d’experts qu’on ne verra pas à la télé. Soutenir nos projets vidéo : https://dons.michelcollon.info/fr/don...


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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Jeu 21 Déc - 2:44

Venezuela : l’épouvantail agité par l’Occident

Eva Deront — 2 décembre 2017



Entre inflation, perturbation de l’approvisionnement en biens de première nécessité et barricades, le Venezuela est devenu l’épouvantail agité en Europe pour effrayer tous ceux qui pourraient être tentés par une remise en cause du système capitaliste. Jusqu’en juillet 2017, l’opposition vénézuélienne de droite et d’extrême droite a profité des pénuries et de la dégradation de la situation économique pour déclencher une nouvelle vague de violences et tenter de renverser le gouvernement de Nicolás Maduro. Sans complaisance avec les erreurs du gouvernement, Maurice Lemoine, ancien rédacteur en chef du Monde Diplomatique, fait partie des rares journalistes de terrain qui cherchent à donner une vision factuelle des évènements, en replaçant le sabotage économique au centre de l’analyse de la situation politique. Un aperçu de l’ampleur de la tâche et des obstacles auxquels peut se confronter tout gouvernement authentiquement de gauche…


Maurice Lemoine est journaliste, ancien rédacteur en chef du Monde Diplomatique et spécialiste de l’Amérique latine. Il a écrit plusieurs ouvrages sur ce continent dont Les Enfants cachés du général Pinochet (2015) et Chávez presidente ! (2005).

]Éva Deront. Entre avril et juillet 2017, le Venezuela a été le théâtre d’affrontements et de violences de la part de militants de droite et d’extrême-droite (attaque à l’hélicoptère contre la cour suprême, jeune afro-descendant brûlé vif, barricades, attaques contre la Garde nationale). Comment caractériser l’extrême droite vénézuélienne par rapport aux groupes que l’on connaît en Europe ?[/b

Maurice Lemoine. À 75 %, les manifestants d’opposition au Venezuela ne sont pas des fascistes. Ils appartiennent à une classe moyenne – classe moyenne « haute » et classe moyenne « basse » – qui, majoritairement, par son mode de vie, s’identifie à la bourgeoisie et aspire à rejoindre cette « élite »
1
. Une partie de leurs homologues seraient dans la rue, ici aussi, si Mélenchon en France ou le PTB en Belgique arrivaient au pouvoir et commençaient à prendre des mesures sociales considérées comme radicales.

Mais il y a aussi une droite dure et une extrême droite. Ce qui les caractérise ? Leur objectif clairement affiché : renverser par n’importe quel moyen, y compris la violence, le chef de l’État. En France, nous avons eu deux périodes de cohabitation : Balladur avec Mitterrand et Jospin avec Chirac. La première chose qu’ont faite ces Premiers ministres en arrivant à l’Assemblée nationale n’a pas été de dire : « On se donne six mois pour renverser le Président. » Au Venezuela, si.

Dans les manifestations, l’opposition utilise des groupes de choc, une espèce de mélange de nervis, de délinquants et, près de la frontière, dans les États de Miranda et Táchira, de paramilitaires colombiens… Il y a aussi, c’est très intéressant, toute une génération de jeunes petits bourgeois qui vivent leur mai 68 à l’envers. Ils sont comme des fous : il n’y a jamais eu autant de selfies à Caracas ! Ils passent leur temps dans les manifestations et ont réellement l’impression de se battre pour la liberté.

[b]Vous avez passé trois semaines, en juin, dans les manifestations : arrivez-vous à quantifier cette participation ?


Prenons une manifestation d’environ 20 000 personnes : il y en a environ 15 000 de la classe moyenne — « On n’est pas content, on en a marre du castro-communisme ! » —, dont 3000 jeunes, qui vivent l’aventure de leur vie, et puis les violents, nervis et lumpen. Ce sont eux qui vont défier la Garde nationale.

L’opposition utilise des groupes de choc, une espèce de mélange de nervis, de délinquants et de paramilitaires colombiens

Un universitaire de gauche – on dénonce beaucoup les mensonges ou l’incompétence des journalistes, mais il faudrait aussi s’intéresser à ce que racontent les universitaires – a décrit les manifestations de la façon suivante : les gens manifestent, la Garde nationale réprime, et les jeunes s’interposent pour protéger… C’est un mensonge éhonté ! Je les ai vus faire : les gens manifestent, les groupes de choc prennent la tête de la manifestation, vont défier la Garde nationale, et… les gentils petits bourgeois et le reste sont derrière. Et à un moment, c’est l’affrontement entre groupes.

Quelle est alors la réaction des forces de l’ordre ?

L’encagement d’une manifestation comme on a pu le voir en France lors des mobilisations contre la loi El-Kohmri, ça n’existe pas. Paradoxalement, la police est beaucoup plus provocatrice et répressive en France qu’elle ne l’est au Venezuela. Là-bas, ce n’est pas compliqué, des groupes bloquent la autopista [autoroute urbaine, NDLR] qui joint l’Est et l’Ouest de Caracas. Tous les jours ils viennent là, s’installent, provoquent la Garde nationale ; et puis au bout de deux heures, la Garde nationale vient dégager la voie avec des canons à eau et des lacrymogènes. Ce n’est pas agréable, mais les méthodes sont moins perverses qu’ici.

Tout ce qui se passe au Venezuela en ce moment – que ce soit la violence, les pénuries, les difficultés – n’est pas destiné aux Vénézuéliens, mais à la communauté internationale

En tant que journaliste, je n’ai pas eu de problème avec les forces de l’ordre. À un moment, j’étais tout seul avec mes deux appareils photo, tout le monde était parti en cavalant ; la Garde nationale arrive, s’arrête et repart. Je n’ai pas vu les journalistes se faire matraquer. En revanche, je ne me sentais pas particulièrement en sécurité au milieu des groupes de délinquants.

Depuis l’élection de l’Assemblée constituante le 30 juillet 2017, on assiste à une scission au sein de l’opposition, affaiblie. Les violences ont cessé. Ces groupes de choc aujourd’hui, que font-ils ? Et que prévoit la droite suite aux élections régionales du 15 octobre ?

Je ne sais pas quelle est leur stratégie. L’élection aux régionales s’est déroulée dans des conditions normales puisque l’opposition avait décidé d’y participer. Comme toujours, on a assisté dans un premier temps à l’application de leur logique « pile je gagne, face tu perds ». Donc là où ils ont gagné, cinq États, ils ont dit : « on a gagné ». Mais là où les chavistes l’ont emporté, dans dix-huit États, l’opposition a crié : « il y a fraude ! ». Évidemment, on oublie ensuite que les représentants de tous les partis avaient participé aux essais techniques du système électoral et qu’ils avaient tous donné leur aval.

Aujourd’hui, alors que quatre des cinq gouverneurs élus de l’opposition ont reconnu l’Assemblée constituante, il y a deux problèmes pour l’opposition : leur base est complètement désarçonnée et ils ne savent plus où ils en sont. Ils ont envoyé leurs forces dans la rue pendant quatre mois en leur disant : « on renverse Maduro, c’est une dictature » ; ils ont accusé le Conseil national électoral de tous les maux et, d’un seul coup, ils leur annoncent : « On arrête tout et on participe aux élections. » Les radicaux vouent les dirigeants aux gémonies, les autres se demandent à quoi ça rime. Et par ailleurs, ils ont organisé des primaires pendant lesquelles ils se sont mutuellement lynchés. Maria Corina Machado, la seule qui ne voulait pas participer aux élections, a par exemple lancé son nouveau parti Soy Venezuela. Et celui qui a tiré son épingle du jeu, c’est le vieux parti social démocrate Accion Democratica, qui est resté un peu en retrait pendant les violences.

Quant à la suite des événements, elle est aussi incohérente : mettant en cause le Conseil National Electoral, une partie de la MUD [Table de l’unité démocratique, coalition anti-chaviste – NDLR] décide qu’elle ne participera pas aux élections municipales de décembre, tout en annonçant qu’elle se prépare pour la présidentielle de 2018…

Qu’est ce qui fait qu’on a eu et qu’on a encore cette attaque de la droite nationale et internationale sur le Venezuela, à l’instar d’Emmanuel Macron dénonçant « une dictature qui tente de survivre au prix d’une immense détresse humaine »
2
?


La première raison, un grand classique, ce sont les ressources : pas seulement en pétrole [le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde, NDLR
3
, mais également en eau, en or, en minerais en tous genres. En témoigne le grand projet de mise en exploitation de l’Arco minero, l’Arc minier, une zone riche en ressources minérales, or, fer, coltan, qui représente environ 10 % du territoire vénézuélien. La deuxième chose, c’est que, du fait de l’action de Chávez, et de son aura, même après son décès, le Venezuela est devenu un symbole. Faire tomber Maduro, c’est faire tomber le chavisme. Qu’on aime ou pas Maduro, si on prend les choses raisonnablement, des élections présidentielles auront lieu en 2018. Mais ce que l’opposition veut, c’est pouvoir proclamer à la face du monde : « Une révolte populaire a fait tomber le chavisme ! » Cela neutraliserait pour les vingt prochaines années l’espoir et la dynamique que la révolution bolivarienne a soulevés dans toute la région. Donc il faut que Maduro tombe.

Il y a des problèmes sérieux au Venezuela, y compris une gestion pas toujours optimale du gouvernement, mais la guerre économique et la déstabilisation démultiplient les difficultés

Les fameuses pénuries… Elles ne sont pas dues à la gestion de Maduro. Comme par hasard, il y en a eu systématiquement avant toutes les élections : l’ensemble de la production de Polar [une des principales entreprises alimentaires, NDLR] a reculé de respectivement 37 %, 34 % et 40 % avant l’élection présidentielle de 2013, pendant la phase de violence de 2014 – la Salida – et avant les législatives de décembre 2015. Battu, Capriles, candidat de l’opposition aux dernières élections présidentielles, avait déclaré après l’élection de 2012 : « Chávez, c’est le Cassius Clay de la politique. » Donc, après sa mort, quand ils ont vu Maduro arriver, ils se sont dit : « Lui, on va lui régler son compte ! » Et les pénuries se sont aggravées. À l’époque du blocus pétrolier fin 2002-début 2003, tout le monde a admiré Chávez, car il a tenu pendant deux mois face à la guerre économique ; paradoxalement, bien peu se rendent compte de la capacité de résistance de Maduro : cela fait trois ans qu’il résiste !

Quant au traitement médiatique et à la récupération politique de la « famine » : Je suis revenu avec cinq cents photos de la rue, des manifestations des chavistes et de l’opposition… Tous les gens m’ont dit : « Il a fallu qu’on change d’habitudes alimentaires, j’ai perdu deux kilos. » Voilà. Mais le traitement qui en est fait, c’est comme si vous regardiez les gens dans la rue, ici, et que vous me disiez qu’ils ont l’air famélique… Ça ne tient pas debout.

Que ce soit Jean-Luc Mélenchon en France ou Pablo Iglesias en Espagne, la gauche européenne est constamment attaquée lorsqu’elle évoque le Venezuela. Quels sont les enjeux de la situation ?

Il ne se passe pas un jour où l’on ne tape pas sur le Venezuela dans les médias français ; mais 300 000 morts au Congo et… rien. Pourquoi cette différence ? C’est clairement un enjeu de politique intérieure. La cible en France, c’est la France insoumise ; en Grande-Bretagne, Corbyn ; en Espagne, Podemos ; en Allemagne, Die Linke. Le discours est simple : « si vous votez Mélenchon, vous serez dans la même situation que le Venezuela. »

Tout ce qui se passe au Venezuela en ce moment – que ce soit la violence, les pénuries, les difficultés – n’est pas destiné aux Vénézuéliens, mais à la communauté internationale. La violence sert à faire apparaître le gouvernement de Maduro comme répressif. Pourtant, Maduro prône régulièrement le dialogue, pour montrer à cette communauté internationale qu’il est prêt à discuter. Il y a peu, il a accepté que le Mexique et le Chili, qui ne sont pas des amis du Venezuela, fassent partie des médiateurs internationaux. Si les observateurs et la communauté internationale étaient de bonne foi, ils ne pourraient que constater qu’il y met de la bonne volonté et que c’est l’opposition qui bloque.

N’est-ce pas naïf ? L’opposition a constamment répété qu’elle ne voulait pas de dialogue et qu’elle souhaitait renverser le gouvernement
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.

Elle est plus perverse que ça. Une partie d’entre elle passe son temps à dialoguer tout en annonçant à ses partisans qu’il n’est pas question de dialoguer. Et de fait, elle rompt régulièrement les conversations en mettant en cause le pouvoir. Double bénéfice : d’un côté, elle paraît modérée, rapport à la communauté internationale ; de l’autre, elle laisse les radicaux mener la déstabilisation. Et Maduro apparaît comme « le méchant », alors qu’il accepte la médiation du Mexique, du Chili et de Zapatero, qui n’a rien d’un gauchiste…

Pour comprendre la situation économique qui perturbe grandement la vie des Vénézuéliens aujourd’hui, pourriez-vous revenir sur le partage des tâches entre l’État et le secteur privé qui représente toujours plus de 90 % des entités industrielles ? A-t-on une idée de l’absence d’investissement dans les domaines clefs tels que l’énergie, l’agroalimentaire ?

La légende veut que le Venezuela soit un pays pétrolier qui n’a jamais pensé à diversifier son économie. Si l’on admet qu’il n’a pas réussi à s’extraire de cette dépendance pour l’exportation – 90 % des devises du pays proviennent de l’exportation du pétrole par le secteur public –, cela ne veut pas pour autant dire que rien d’autre n’existe à l’intérieur du pays : 84 % de la production nationale ne provient pas du pétrole, mais de la manufacture, des services, du commerce et de l’agriculture
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; ce n’est néanmoins pas suffisant pour en faire un pays industriel.

Parmi les économistes qui arrivent au constat qu’il n’y a pas eu de diversification, aucun ne propose de solution. Or, en regardant à l’international, quels sont les pays qui ont pu changer leur mode de développement ? Les tigres asiatiques dans les années 1990. Qu’ont-ils utilisé ? Leur avantage comparatif : l’exploitation de la main d’œuvre dont le coût a été réduit au minimum. De même pour les maquiladoras mexicaines, les usines de sous-traitance. Par définition, ce n’est pas l’optique des gouvernements de gauche d’Amérique latine.

Dans un article paru dans sur le site Mémoire des luttes, vous établissez un parallèle entre cette déstabilisation et la guerre économique qui a visé Salvador Allende, au Chili, au début des années 70. Quels en sont les principaux axes ?

Il y en a quatre : des pénuries organisées, une inflation artificiellement provoquée, un embargo commercial et un blocus financier international. Pour importer les biens de première nécessité, l’État fournit des dollars à taux préférentiel au secteur privé. En 2004, les montants atteignaient 15 milliards de dollars et il n’y avait aucune pénurie. En 2013, on arrivait à 31 milliards et tous les biens de première nécessité avaient disparu. On parle souvent du papier toilette : d’où vient la pénurie, alors que l’entreprise qui importe et distribue les rouleaux, Kimberley Clark, a reçu 1000 % de devises en plus en 2014 qu’en 2004 et 2011 ?

Des sommes monstrueuses, allouées à l’importation des aliments ou des médicaments, ont été détournées par le secteur privé

Depuis 2003, un contrôle des changes a été instauré pour éviter la fuite des capitaux. Dans tous les pays où l’on a agi de même, on a assisté au développement d’un marché parallèle. La particularité du Venezuela, et là on est dans la guerre économique, c’est que ce marché parallèle échappe à toute logique économique. Le taux de change est manipulé par le site DolarToday, depuis la Colombie et Miami
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. Le dollar parallèle peut atteindre 10 000 bolivars pour un dollar, voire 42 000 bolivars actuellement [60 000 à la mi-novembre, NDLR] : cela n’a aucune rationalité, mais entraîne, évidemment, des conséquences désastreuses sur l’inflation et le niveau de vie.

Un autre instrument de la déstabilisation économique, c’est la contrebande vers la Colombie. Par exemple, des médicaments achetés avec les dollars préférentiels arrivent au Venezuela, où ils ne sont pas mis en vente : ils repartent directement vers la Colombie, souvent avec la complicité de militaires et de gardes nationaux achetés par les mafias. Des tonnes de médicaments. Et, quinze jours après, ils reviennent au Venezuela où ils sont revendus dix fois plus cher au marché noir.

Autre exemple : en 2004, les entreprises pharmaceutiques ont reçu environ 600 millions de dollars pour acheter des produits à l’extérieur et les revendre en bolivars au Système public national de santé. Il n’y avait alors pas de pénurie. En 2013 et 2014, on ne trouve plus de médicaments et pourtant les entreprises ont obtenu entre 2 et 3 milliards de dollars… Sur place, j’ai demandé : « Pourquoi ne nationalisez-vous pas et pourquoi l’État n’importe-t-il pas lui-même les médicaments ? » On m’a répondu, ce qui demande à être vérifié : « Les laboratoires internationaux ne vendront pas directement à l’État vénézuélien car ce serait se mettre à dos toute la corporation ». Ces problèmes, relativement récents dans ce domaine, amènent à poser la question : « Doit-on et peut-on court-circuiter les laboratoires pharmaceutiques occidentaux ? » Un début de solution a peut-être été trouvé. En septembre dernier, le Venezuela a signé un accord avec l’Inde pour y acquérir une partie de ses médicaments.

En réponse à cette situation, observez-vous une évolution dans les mesures économiques prises par l’État ?

On ne discerne pas de boussole économique ou idéologique évidente. Face aux problèmes, faut-il envisager des nationalisations ? Je prends l’exemple du pain : historiquement, le Venezuela ne produit pas de blé, c’est l’État qui l’importe. Il le fournit à des minoteries privées qui transforment le blé en farine, mais, ensuite, un véritable chaos affecte la distribution. La majorité des boulangeries du pays n’est pas livrée régulièrement tandis que d’autres, plus favorisées, leur revendent au prix fort une partie de leurs surplus, ou préfèrent vendre des gâteaux, des brioches, des sandwiches… plutôt que du pain. J’ai posé la question à un ancien ministre de l’économie, Luis Salas : puisqu’il y a sabotage, pourquoi ne nationalisez-vous pas ? Il répond — et comment lui donner tort ? —: « l’État ne peut pas se charger de tout et n’a pas la compétence pour faire du pain et distribuer du pain ». Ça peut toute fois se discuter, compte tenu de la présence d’oligopoles : 50 % de la production totale d’aliments traités par l’agro-industrie sont concentrés dans 10 % du total d’entreprises privées
7
.

Cela a pourtant été fait en partie pour le pétrole : alors que, avant son arrivée, l’état-major de PDVSA prenait le chemin de la privatisation, Chávez a fait en sorte que l’État devienne l’actionnaire majoritaire de toutes les concessions du Venezuela, et reprenne le contrôle des activités d’exploration, de production et des services annexes…

Oui. D’ailleurs Salas me parle du pain, puis il s’arrête et réfléchit : « Tout de même… Si nous sommes capables de faire du pétrole, nous devons être capables de faire du pain…» Et il ajoute : « Ce qu’il faut, ce n’est pas nationaliser, mais créer des entreprises alternatives avec la base. » De fait, on connaît les problèmes induits par des nationalisations systématiques : on crée à terme une bureaucratie, avec ses contraintes et inconvénients.

L’établissement d’une bureaucratie n’est pas automatique : la base chaviste a souvent demandé à avoir plus de contrôle sur l’appareil d’État.

Oui, mais se pose le problème de la ressource humaine. Dès sa naissance, la révolution bolivarienne a manqué de cadres, qui sont très souvent liés à l’opposition. Le meilleur exemple en est la réforme agraire. Elle a été faite et elle a eu des succès : de 2001 à 2010, la production agricole a augmenté de 44 % ; 7 millions d’hectares ont été régularisés, les paysans obtenant des titres de propriété ; 3,5 millions d’hectares ont été repris au latifundio et 1 million de nouveaux hectares ont été mis en production, même si cette augmentation de la production a été contrebalancée par une augmentation de la consommation. Du début de la réforme agraire en 2001 à la fin 2004, par exemple, près de 7 000 coopératives ont été créées. Elles ont dramatiquement manqué de cadres. Il reste 2 % de paysannerie au Venezuela, sans les cadres techniques nécessaires pour relancer une agriculture moderne, écologique, etc. Les paysans se sont souvent retrouvés livrés à eux-mêmes, ils ont beaucoup de mal à moderniser ce secteur. C’est ce manque d’efficacité et d’efficience qui fait apparaître la réforme agraire comme un semi-échec, alors que c’est globalement une réussite.

Ensuite, l’appareil d’État n’est pas constitué que de militants : vous avez le ministre, cinq vice-ministres, vingt cadres engagés, qui veulent que les choses avancent et puis, derrière, une pesanteur terrible de ceux qui sont là, qui ne sont pas forcément chavistes, et qui soit sabotent, soit ne font pas grand-chose.

Les licenciements de ceux qui voulaient forcer Chávez à la démission, après les lock-outs patronaux de 2002-03, n’ont eu lieu que dans le secteur pétrolier ?

Oui, 18 000 personnes en tout. En même temps c’est difficile : vous vous mettez dans la position de vous faire accuser de totalitarisme, d’État policier… Et il faut savoir composer avec les réactions de la « communauté internationale ». La base chaviste, elle, elle réclame la mano dura, une « main ferme ».

El bachaqueo, le marché noir qui s’est établi suite au détournement et à l’accaparement des biens de première nécessité n’existerait pas si on se trouvait dans un État policier. Les Cubains, par exemple, ont instauré une sorte de contrôle social à travers les comités de défense de la révolution, les CDR, dans tous les quartiers. Et vous n’avez pas ce phénomène de corruption.

Des sommes monstrueuses, allouées à l’importation des aliments ou des médicaments, ont été détournées par le secteur privé. Le reproche que l’on peut faire à l’État n’est pas de ne pas avoir investi, mais de ne pas avoir assez contrôlé. En ce moment, après l’élection de la Constituante et l’éviction de la procureure générale Luisa Ortega, ils sont en train de reprendre en mains le Ministère public et de découvrir d’énormes affaires de corruption, des surfacturations de l’ordre de 200 millions de dollars ! Par ailleurs, une cinquantaine de cadres dirigeants de PDVSA ont été arrêtés. Pour la première fois, ils s’en prennent sérieusement à la corruption.

Pourquoi ce problème de corruption n’a t-il pas été traité avant ?

La dette sociale était tellement énorme, quand Chávez est arrivé au pouvoir, qu’il a dit : « Il faut sortir les gens de la pauvreté, il faut qu’ils mangent. » Comme il y avait de l’argent, ils ont dépensé sans compter, sans trop se préoccuper de la corruption. Ça a été peut-être une certaine naïveté de gauche. C’est uniquement lorsque les ressources ont sérieusement diminué, du fait de l’effondrement des prix du pétrole, que le problème s’est posé. On a découvert tout récemment que c’est précisément au cœur du Ministère public que la corruption a pu se développer ; apparemment, sous l’autorité de la procureure générale Luisa Ortega, il s’était transformé en une entreprise de chantage. Des magistrats disaient aux gens qui trempaient dans des affaires de corruption : « Soit tu paies, soit on te poursuit. » Cela faisait longtemps que la base chaviste dénonçait la grande corruption : elle est bien consciente du train de vie de certains bureaucrates.

C’est également ce qui alimente les critiques concernant la « bolibourgeoisie »… Est-ce qu’on a effectivement assisté à la naissance d’une nouvelle bourgeoisie ? Comment se caractérise-t-elle ?

Il y a évidemment des chavistes ou des pseudos chavistes corrompus. Après sa tentative de coup d’État en février 1992, Chávez a passé deux ans en prison, puis il a été amnistié pour faire baisser la pression due à une profonde crise sociale et à sa forte popularité. Beaucoup se sont rendus compte que Chávez, c’était l’avenir. À son arrivée au pouvoir en 1999, il a donc eu autour de lui des révolutionnaires sincères, mais aussi un certain nombre d’arrivistes qui comprennent que c’est « l’endroit où il faut être ». Ensuite, il y en a qui se bâtissent des fortunes à l’ombre du pouvoir : soit par la corruption, soit par des voies classiques de formation de la bourgeoisie. On a connu ce phénomène au Nicaragua ou dans tous les pays qui, un jour, ont fait une révolution ou se sont délivrés du joug colonial… Mais les grandes affaires de corruption impliquent des fonctionnaires et des gens du secteur privé. Par exemple, la majorité des entreprises qui trafiquent les aliments et les biens de première nécessité appartiennent au secteur privé.

Chávez avait beaucoup évolué. Il était plutôt « troisième voie » avant de se radicaliser suite au refus de la droite d’accepter quelque réforme que ce soit

Il faut préciser que ces seuls phénomènes n’expliquent pas la crise. Le Brésil connaît également des problèmes de corruption, cela n’en fait pas pour autant un pays à genoux. Il y a des problèmes sérieux au Venezuela, y compris une gestion pas toujours optimale du gouvernement, mais la guerre économique et la déstabilisation démultiplient les difficultés. Les erreurs du pouvoir, elles, y contribuent à hauteur de 20 % — 30 %.

Face à cette situation, on s’interroge sur le soutien actuel de la population vénézuélienne. Les élections législatives de 2015, qui ont vu la droite emporter 99 sur 167 sièges au Parlement, ont marqué un moment de lassitude et de désapprobation de la base chaviste envers la politique menée par Maduro. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le cœur dur du chavisme on l’estime à 30 % de la population. L’événement important a été l’élection de l’Assemblée constituante en juillet 2017 : le cœur chaviste a réagi puisque plus de huit millions de personnes sont allées voter, soit 41 % du corps électoral, malgré les barrages physiques et les menaces de l’opposition. Ça, c’est un vrai signe, qui a eu des conséquences totalement inattendues puisque la violence s’est arrêtée du jour au lendemain. De même, lors des régionales du 15 octobre, on a assisté à la victoire du chavisme dans dix-huit États sur vingt-trois : il s’impose avec 54 % des suffrages et une participation de 61,4 %, alors qu’il s’agit d’un scrutin pour lequel les Vénézuéliens, traditionnellement, se mobilisent assez peu.

La guerre économique affecte les gens d’une manière extrêmement dure. Ils galèrent pour trouver à manger, payent plus cher à cause du marché noir, leur pouvoir d’achat s’effondre. Et donc à un moment ils ont dit : « Maduro, qu’est-ce que tu fais ? » Ça a été le vote rejet de 2015, de découragement, de fatigue, mais qui ne s’est pas traduit par un transfert des votes chavistes vers la droite : celle-ci a gagné 350 000 voix, les Chavistes en ont perdu deux millions.

Ont suivi les « guarimbas » de 2014 [violentes barricades de rue qui ont causé plusieurs morts, NDLR] et la violence de cette année-ci, entre avril et juillet. Les gens se rendent compte de qui est responsable de cet état de fait. Dans la rue, dans le quartier de Chacaito, j’ai vu des gens exaspérés qui en avaient marre des manifestations de l’opposition et qui encourageaient les policiers. Même une partie des sympathisants de l’opposition a été prise en otage par ces manifestations. Chacao, Chacaito, Altamira, c’est un peu l’équivalent de Neuilly, Auteuil, Passy à Paris. Là-dessus j’ai des témoignages directs : des groupes d’extrême droite étaient présents dans les quartiers, en permanence, et les gens ne pouvaient plus emmener leurs enfants à l’école. À chaque fois qu’ils passaient, c’était : « on défend la liberté : tu paies ». Et donc y compris des membres de l’opposition plutôt modérée, plutôt respectable, en ont eu marre.

Vous avez préfacé le livre « Des Taupes à Caracas », qui raconte la vie et la participation à la révolution bolivarienne de l’ensemble de la population vénézuélienne : des médias locaux, des aides soignants, des paysans, des policiers… Dans le processus de contre-révolution en cours, comment se positionnent les comités populaires, les coopératives, et les structures de démocratie directe qui avaient été mises en place par Chávez ?

Il y a des secteurs plus radicaux, d’autres moins. Tout en se montrant critique à l’égard du gouvernement, de la bureaucratie et de leurs dysfonctionnements, le noyau dur du chavisme demeure d’une fidélité absolue à Maduro.

Au niveau des conseils communaux, depuis Chávez, l’une des difficultés est l’antagonisme fréquent entre les conseils et les maires ou les députés. Vous êtes élu maire, vous appartenez au PSUV [Parti socialiste Unifié du Venezuela, créé en 2007 par Chávez, NDLR]. De l’autre côté, il y a le conseil communal. Et d’un seul coup, il a des prérogatives aussi importantes que les vôtres, ça n’est pas forcément de votre goût !

Lors de l’élection de l’Assemblée nationale constituante, cette participation populaire a été favorisée par l’élection des 173 représentants sectoriels [sur les 545 membres de l’Assemblée constituante, 364 représentent les circonscriptions municipales, 173 différents groupes sociaux (travailleurs, étudiants, retraités…), et 8 les communautés indigènes, NLDR] : une évolution douce vers le « socialisme du XXIe siècle » de Chávez avec les communes, les conseils communaux…

On retrouve ces relations parfois difficiles au niveau de la paysannerie, lorsque des paysans occupent les terres dues par la réforme agraire et rencontrent l’opposition de gouverneurs, y compris chavistes. Dans le chavisme, il y a de tout : des opportunistes, des gens qui ont passé des alliances avec les grands propriétaires du coin, des paysans qui sont réprimés par la Garde nationale… Aujourd’hui, pour la réforme agraire, c’est la base radicale qui avance, parfois contre la bureaucratie des couches intermédiaires du chavisme ou du pseudo chavisme. Et en général, c’est la paysannerie qui reste la plus fidèle au chavisme, de même que les campagnes. Ce n’est pas un hasard si le système mis en place pour l’élection de la Constituante qui, d’une certaine manière, favorise les campagnes au détriment des villes, fait enrager l’opposition.

Dans certaines régions, notamment à Zulia, Barinas, Apure, les habitants ont créé, avec succès, des brigades de défense populaire pour lutter contre les incendies, le vandalisme et les violences des groupes de droite. Est-ce que ce sont des régions avec une forte composante paysanne ?

Oui, bien sûr. Mais les paysans subissent une grosse pression : au Táchira, par exemple, ils doivent faire face à des groupes mi paramilitaires mi délinquants. La mission brésilienne du Mouvement des sans terre qui est là-bas a été attaquée par des paramilitaires. Plus de cent militants paysans, chavistes, ont été assassinés au Venezuela. Les conflits sont permanents.

Assiste-t-on à la création d’une classe moyenne qui se désintéresserait du processus après avoir profité du programme Sembrar el petroleo (semer le pétrole) ?

C’est une thèse qui a été développée en Équateur surtout : les gens sortent de la pauvreté, ils accèdent à la classe moyenne et à partir de là, aspirent à continuer en s’identifiant aux plus riches. C’est en partie vrai, en partie seulement.

Il y a eu des phénomènes comme ce qu’il s’est passé avec la Mision Vivienda : l’octroi de 1,8 millions de logements sociaux puis la découverte que des gens qui y avaient eu accès les avaient revendus. Mais on ne peut pas tout expliquer par ça.

Quand on a connu le Venezuela avant Chávez, la différence saute immédiatement aux yeux. Ce n’est pas un hasard si la base chaviste se remobilise en ce moment

Au niveau du Conseil communal — au-delà du « c’est génial, c’est le processus de Chávez qui est en train de se mettre en place » — une expérience m’a beaucoup éclairé : en allant en visiter un dans la banlieue de Caracas, comme j’étais là pour Le Monde diplomatique qui a plutôt bonne réputation au Venezuela, je m’attendais à rencontrer du monde. J’arrive dans un grand hangar avec… huit personnes. Ils m’expliquent : « Au début on était nombreux, une bonne cinquantaine. Quand les gens se sont rendus compte qu’ils n’allaient en tirer aucun avantage matériel personnel, mais que c’était un travail de militants, ils sont partis. »

Vous avez pourtant signalé que la base s’est massivement mobilisée pour l’élection de l’Assemblée constituante. Est-ce que la Constituante vient répondre à sa demande de « mano dura » et va lui permettre de reprendre de la place dans le jeu politique ?

Oui. J’ai mis un petit bémol sur les conseils communaux, où, partant d’une idée magnifique, on se trouve confronté à une réalité plus complexe.

Mais ce qui va réactiver la base en réalité, c’est la résolution des problèmes économiques quotidiens. Il y a eu un certain scepticisme au moment où Maduro a annoncé l’élection d’une Constituante. Des gens proches se sont demandé : « A quoi ça va servir ? Notre problème c’est qu’on ne trouve ni pâtes ni riz dans les magasins… » Malgré tout, le processus a pris. Il y a des résultats : par exemple, des communes demandent à être entendues, elles ont leurs représentants élus sectoriellement ; les femmes poussent le thème de l’avortement…

C’est le grand brainstorming. Moi aussi j’ai été étonné, surpris, sceptique dans un premier temps. À quoi ça va servir ? La violence a cessé du jour au lendemain. Je ne sais même pas pourquoi, je ne comprends pas la stratégie de l’opposition. Puis vient la destitution de la procureure générale et, d’un seul coup, on s’attaque à la corruption. Face à cette fameuse guerre économique et à une nécessaire réactivation de l’économie, s’ils réussissent à remettre de l’ordre dans la distribution des aliments, des biens, etc. — car leur importation n’a cessé que partiellement — là, pour le coup, ils toucheront l’essentiel.

Qui compose la Constituante ? A-t-elle été principalement nourrie par les rangs du PSUV ?

La partie sectorielle des élus de cette Constituante a soulevé des critiques féroces. Cela mériterait pourtant un vrai débat, notamment chez ceux qui ne cessent de dénoncer la reproduction des élites : là, il y a une représentation des travailleurs, des paysans, des pêcheurs, des étudiants… Ça échappe partiellement à l’appareil du PSUV, ce ne sont pas des leaders traditionnels qui ont été élus.

Vous insistez sur le rôle de la manipulation extérieure pour créer de l’inflation et une situation de chaos économique ; il est difficile à un gouvernement de lutter contre… Mais est-il prévu que la Constituante apporte une réponse économique aux problèmes internes tels que le boycott du secteur privé et de son contrôle des moyens de production et de distribution ?

Dans le cadre de cette Constituante, le pouvoir vient d’annoncer la mise en place spécifique d’une « Constituante économique » chargée de s’organiser à deux niveaux : le premier, structurel, visant le long terme, et chargé de réformer le système économico-productif, de renforcer le système financier et de développer un nouveau système de distribution, de commercialisation et de fixation des prix ; le second, chargé de faire des propositions pour le court terme afin de réactiver la production et de corriger les distorsions structurelles de la fixation des prix. Maduro a souhaité que la base soit impliquée dans ces processus qui ne doivent en aucun cas être bureaucratiques. On verra ce qu’il en sera, sachant que la Constituante s’est donnée deux ans et qu’il y a là des problèmes qu’il faudrait régler très rapidement.

Depuis l’intensification des attaques de la droite, constate-t-on des défections, des bouleversements au sein du gouvernement ?

Non. C’est un phénomène journalistique intéressant : comme tout le monde a envie de prendre ses distances avec le Venezuela, une certaine gauche se rabat sur le « chavisme critique ». Mais seuls cinq des anciens ministres de Chávez ou de Maduro font partie de la « Plateforme du peuple en lutte et du chavisme critique » récemment créée, qui n’a aucun ancrage populaire. Curieusement, on ne médiatise pas les 137 autres ex-ministres qui, à des degrés divers, appuient toujours Maduro.

Mes confrères dénoncent systématiquement la paille dans l’œil de Maduro tout en ignorant la poutre dans celui de l’opposition.

Si l’on prend Jorge Giordani, qui a été l’architecte de la politique économique de Chávez, il a été sorti du gouvernement par Maduro, ce qui a, à l’évidence, engendré une certaine frustration. Mais, tout en dénonçant avec virulence l’actuel gouvernement, il ne procède à aucune autocritique. Affirmer : « en 2012, vingt-cinq milliards de dollars ont été dilapidés dans l’obtention de devises » alors qu’il était lui-même au gouvernement et menait la politique économique… il ne faut quand même pas exagérer ! Tout comme Luisa Ortega : elle était au Ministère public depuis 2007. En trois semaines, elle déclare le contraire de tout ce qu’elle a dit depuis dix ans. Critique, sans aucun doute, mais chaviste sûrement plus : la voici maintenant, cul et chemise avec Washington, réclamant le déferrement de Maduro devant la Cour pénale internationale pour « crimes contre l’Humanité ».

Bien sûr, devant la violence de l’agression, un phénomène logique se produit. Ceux qui défendent la révolution évitent l’étalage des divergences et des critiques. Mais les chavistes sont tous critiques, à commencer par Chávez, qui, un peu avant sa mort, parlait d’un nécessaire golpe de timón, un coup de gouvernail pour rectifier les erreurs voire les dérives de la révolution.

Vous disiez qu’il n’y a pas d’orientation politique ou idéologique aujourd’hui ; pourtant, sur la fin sa vie, Chávez a essayé de revenir à une doctrine plus marquée, le socialisme du XXIe siècle.

Très clairement, avec Chávez puis Maduro, on se trouve dans une séquence post-néolibérale. Mais il est vrai que, à partir de 1998, Chávez avait beaucoup évolué. Il était plutôt « troisième voie » avant de se radicaliser suite au refus de la droite d’accepter quelque réforme que ce soit. Le procès qui est fait à Maduro de rompre avec le chavisme ou de trahir le chavisme n’est pas sérieux. Il prend le relais et poursuit ce que préconisait Chávez, par exemple la mise en exploitation de l’Arco minero. Une étape vers la diversification, même si l’on reste dans une économie de rente. Cette annonce a déclenché de fortes polémiques, curieusement pas tellement à droite, mais à l’extrême gauche. C’est la même chose en Équateur, sur le thème de l’extractivisme : l’extrême gauche s’est déchaînée contre Correa.

Au Venezuela, ce courant présenté comme du « chavisme critique » compte avec Marea Socialista – une des multiples factions trotskystes –, dont le principal leader Nicmer Evans n’a rien trouvé de mieux, il y a quelques semaines, que d’aller participer à un colloque avec la droite et l’extrême droite.

Comment percevez-vous l’attitude de Marea Socialista, aujourd’hui, dans une période de très fortes tensions, de mise en danger du gouvernement ? Les critiques qui sont portées concernant la nature bourgeoise de l’État chaviste, de bonapartisme…

Au nom d’une « révolution parfaite » qui n’existe que dans l’imagination de ceux qui n’ont pas les mains dans le cambouis, la critique systématique permet de se donner le beau rôle à peu de frais. Dès que Chávez est arrivé au pouvoir, la gauche s’est cassée en deux : le MAS, Causa Radical, le PC… Mais que ce soit Marea Socialista au Venezuela, les rénovateurs sandinistes au Nicaragua, l’extrême gauche équatorienne, aucun n’a jamais réussi à représenter une option politique susceptible d’entraîner l’électorat.

Ce qu’ont fait Chávez et Maduro n’est pas parfait. On peut et on doit évidemment avoir un regard critique. En 1973 au Chili, des débats enflammés genre « critique de gauche » de Salvador Allende se déroulaient entre le Parti socialiste, le PC et le MIR. Néanmoins, aussi bien là-bas qu’ici, on avait la lucidité de dire : « Compte tenu de l’agression dont il est victime, la priorité c’est de défendre ce gouvernement socialiste. » Maintenant on découpe l’histoire en tranches : tous les trois ans, on oublie ce qui s’est passé auparavant. Quand on a connu le Venezuela avant Chávez, la différence saute immédiatement aux yeux. Ce n’est pas un hasard si la base chaviste se remobilise en ce moment. Devant la menace d’un retour de la droite, elle, elle se souvient.

Plus personnellement, en tant que journaliste, pourquoi portez-vous cet intérêt à l’Amérique latine et au Venezuela ?

J’ai connu l’Amérique latine dans les années 70-80-90, à une époque où la pauvreté est passée de 120 millions à 225 millions de personnes. Je suis capable de faire la différence. J’appartiens à une génération qui a connu la dictature au Chili, en Argentine, en Bolivie. Quand on me parle de dictature au Venezuela, où il y a des élections avec une opposition organisée et qui domine les médias, ça me fait rire. Au prétexte qu’il y a une crise en ce moment, on oublie tout ce qui a été fait. Or tout ça n’a pas disparu. Entre le Venezuela des années 1990 et d’aujourd’hui, indépendamment de la crise, il y a une grosse différence : l’éradication de l’analphabétisme, le renforcement des structures de démocratie locale, la construction d’ 1 800 000 logements en cinq ans, de 8 000 établissements de santé en seize ans, l’augmentation de 27 % de l’accès à l’éducation secondaire…

Ce n’est pas un hasard si l’offensive est aussi féroce. À l’époque, ils ont renversé Allende car ils étaient inquiets de la contagion pour l’Amérique latine mais aussi pour la France (avec l’Union de la gauche) et l’Italie. En ce qui concerne le chavisme, c’est pareil : pour casser son influence continentale, il faut en terminer avec lui.

La couverture médiatique et politique, avec les unes mensongères, les informations partielles ou truquées ont notamment montré que toute « la bonne volonté » dont Maduro pourrait faire preuve sur la scène internationale ne joue aucun rôle…

Mes honorables confrères ne font pas leur boulot. Ils ont décidé de dénoncer systématiquement la paille dans l’œil de Maduro tout en ignorant la poutre dans celui de l’opposition. Le journalisme est une profession extrêmement moutonnière. Bien peu de journalistes connaissent le Venezuela. Quand l’un d’entre eux, qui appartient presque systématiquement à la classe moyenne, arrive au Venezuela, il s’identifie avec elle. Elle se compose de gens « sympas », qui vivent dans des appartements décents, regardent les mêmes chaînes de télévision, voient les mêmes films, s’habillent comme nous… Vous allez les interviewer, ils vous offrent un whisky… Alors qu’une manifestation de chavistes, parfois ça paraît un peu brut de décoffrage. C’est vrai. Donc l’identification se fait tout naturellement. Et par-dessus le reste, aussi bien Chávez, Maduro, que les dirigeants chavistes, ne la jouent pas toujours dans la finesse ou la diplomatie…

Mais l’enjeu véritable, c’est ce qui se passe en ce moment au sein de l’Union européenne et de l’Organisation des États américains. Trump a décidé de sanctions économiques et l’Union européenne a fait de même le 13 novembre. L’OEA a investi le 13 octobre un Tribunal suprême de justice vénézuélien parallèle. On sera alors dans le début de la constitution d’un gouvernement en exil, susceptible d’appeler au secours, etc., avec tout ce que ça implique ensuite par rapport à la communauté internationale – le véritable enjeu.

Il ne faut pas oublier que sous le terme « communauté internationale », on entend l’UE et les États-Unis. Car le G77 + Chine, les pays non alignés, la Russie, l’Inde, la Chine, c’est-à-dire les trois quarts des pays présents à l’Assemblée générale des Nations-Unies, n’ont aucun problème avec le Venezuela ! En Amérique latine, le « groupe de Lima »
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est effectivement en train de mettre la pression sur le Venezuela, mais celui-ci peut encore compter sur la Bolivie, Cuba, le Nicaragua, trois îles de la Caraïbes… Quant à l’Équateur, où Moreno est en train de rompre avec le corréisme, la question va se poser.

Quel type de sanctions peut-on attendre ?

Filiale de PDVSA, l‘entreprise vénézuélienne de raffinage et de distribution Citgo, implantée aux États-Unis, n’a plus le droit de rapatrier ses bénéfices. Autre exemple : 300 000 doses d’insuline ont été bloquées à l’étranger parce que la City Bank refusait d’opérer la transaction… Ce qui permet ensuite le discours humanitaro-mensonger : « Du fait de l’incurie du pouvoir, il n’y a plus de médicaments au Venezuela », alors que le gouvernement a finalement passé des accords pour acheter des médicaments en Inde… Mais cela revient évidemment plus cher que de les faire venir de Californie !

De son côté, le Département du Trésor américain menace toute entité économique ou bancaire ayant des relations de travail avec le gouvernement vénézuélien d’être elle-même victime de sanctions. C’est un véritable étranglement économique qui se met en place, auquel l’Union européenne s’est jointe…

Face à cela, Caracas commence à imaginer d’autres stratégies : pour échapper aux sanctions américaines, elle se tourne aujourd’hui vers le yuan et le rouble comme nouveau système de paiement international.

Passer au yuan et au rouble, établir des accords avec la Russie, la Turquie… Cela ne change pas les problèmes internes au pays, dans la chaîne de production, qui offrent de nombreuses prises à la déstabilisation.

Pour le moment, non, et ça laisse ouverte la question : le pouvoir doit-il se radicaliser ou non ? Chacun a son avis là-dessus. S’il se radicalise, la « communauté internationale » lui tombe dessus et accentue la pression. S’il ne se radicalise pas, il prend des coups mortels et se fait critiquer sur sa gauche. C’est un choix cornélien.

Comment verriez-vous une « sortie de crise » ?

Rationnellement, ce serait l’élection présidentielle de 2018, quel qu’en soit le résultat. Encore faudrait-il que les États-Unis et l’Union européenne cessent leur ingérence et leur appui inconditionnel à l’opposition.

Un retour de la droite et de l’extrême droite au pouvoir ne serait pas une sortie de crise pour les chavistes : ceux qui ont montré leur soutien au gouvernement vont être sévèrement réprimés ; il y aura des privatisations, des licenciements, des coupes drastiques dans les budgets de l’éducation, de la santé, du logement…

L’hypothèse que, dans le cadre d’élections démocratiques, le chavisme perde serait lourde de conséquences et de signification, mais l’histoire ne s’arrêterait pas là. Ce serait infiniment moins grave que si, dans un contexte de violence, l’opposition parvenait à renverser Maduro. D’un côté on aurait : « Une révolte de la population a renversé le chavisme » ; de l’autre : « Démocratiquement, le chavisme a perdu l’élection et a accepté la défaite ». Cela ne l’empêchera pas, après avoir analysé ses erreurs et ses faiblesses, de revenir ultérieurement.

D’ailleurs, compte tenu de l’absence de programme et de l’extrême division de la droite, rien ne permet de dire que le chavisme ne gagnera pas la présidentielle de 2018. La MUD a semé un tel chaos et s’est montré tellement incohérente qu’elle a perdu beaucoup de ses sympathisants.

Les fameux « flux et reflux » appliqués à la révolution bolivarienne ?

On parle souvent de cycle, mais le vice-président bolivien Álvaro García Linera évoque une vague, qui se retire et puis revient. C’est un peu ça. Sauf régime autoritaire, un courant politique peut difficilement rester en place pendant cinquante ans. Il y a une usure du pouvoir. La révolution bolivarienne a dix-huit ans… Même pour la base, aussi volontariste soit-elle, il est difficile d’être révolutionnaire 24 heures sur 24 pendant aussi longtemps…

Cet entretien, relu et réactualisé par Maurice Lemoine sur notre proposition, a été réalisé à Paris le 13 octobre 2017, deux jours avant les élections des gouverneurs régionaux.

La classe moyenne vénézuélienne représente environ 15 % de la population.
Pour Emmanuel Macron, le régime du Venezuela est « une dictature »
Oil reserves
#EnVIVO @MariaCorinaYA: Aceptaremos una negociación verdadera solo para negociar la salida de Maduro del poder
Contrôle des prix des aliments, hausse du salaire, impôt sur les grandes fortunes et affranchissement du dollar : Maduro poursuit l’offensive contre la guerre économique
Pour plus de détails, voir : La guerre économique pour les nuls (et les journalistes), Maurice Lemoine, ainsi que Dólar Today distorsiona economía en Venezuela, confirma CEPAL (en espagnol).
Contrôle des prix des aliments, hausse du salaire, impôt sur les grandes fortunes et affranchissement du dollar : Maduro poursuit l’offensive contre la guerre économique
Le groupe de Lima rassemble l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, la Guyane, le Honduras, la Jamaïque, le Mexique, le Panama, le Paraguay, le Pérou , Sainte-Lucie et l’opposition vénézuélienne . Le Groupe a été fondé le 8 août 2017. NDLR.



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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Mar 2 Jan - 1:45

Salaire minimum au Venezuela augmenté de 40% (Reuters)

par Reuters 31 Décembre 2017, 23:58 Salaire minimum au Venezuela augmenté de 40%



Le président du Venezuela a annoncé dimanche une hausse de 40% du salaire minimum, mesure qui aux yeux de nombreux économistes risque en fait d'alimenter l'hyper-inflation record dont souffre le pays.
Dans son message de voeux, Nicolas Maduro a estimé que cette augmentation, effective au 1er janvier, permettrait à la classe ouvrière de faire face à ce qu'il appelle "la guerre économique" menée par Washington contre le Venezuela...


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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Ven 5 Jan - 0:49

Les douze victoires du présidente Maduro en 2017



Commençons par rappeler que le président Nicolas Maduro est le mandataire le plus injustement harcelé, calomnié et agressé de l’Histoire du Venezuela. Plus encore que le commandant Hugo Chávez, fondateur de la Révolution Bolivarienne… Chasser à tout prix Nicolás Maduro du palais présidentiel de Miraflores a été et reste l’objectif maladif de la réaction politique interne et de des puissants alliés internationaux, à commencer par le gouvernement des États-Unis d’Amérique.

A peine l’année 2017 avait-elle débuté que les attaques contre le Président furent enclenchées. La première agression vint de l’Assemblée Nationale, contrôlée par la contre-révolution, qui décida, le 9 janvier, de « ne pas reconnaître » le Président. Et accusa Nicolás Maduro d’avoir « abandonné sa charge ». Ce qui était faux et absurde.


Face à cette tentative de coup d’État constitutionnel – inspiré du modèle de coup d’État parlementaire qui fit tomber Dilma Rousseff au Brésil en 2016 -, le Tribunal Suprême de Justice (TSJ) est intervenu pour signaler qu’en vertu de la Constitution, l’Assemblée Nationale ne peut destituer le chef de l’État, élu directement par le peuple.

Pour sa part, le Président a répondu à cette tentative de coup d’État en organisant, le 14 janvier, des manœuvres civico-militaires massives baptisées « Exercice d’action intégrale anti-impérialiste Zamora 200 ». Quelques 600.000 effectifs se mobilisèrent : militaires, miliciens et militants des mouvements sociaux. Il a ainsi offert une imposante démonstration d’unité des forces armées, du Gouvernement, du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) et des masses populaires. Ce fut la première victoire de 2017.

Enhardie par l’élection, aux États-Unis, de Donald Trump – candidat de la droite suprématiste qui prit possession de sa charge à Washington le 20 janvier -, l’opposition vénézuélienne tenta d’intimider le gouvernement de Maduro par une grande marche le 23 janvier, date de la chute du dictateur Marcos Pérez Jiménez en 1958. Mais là aussi elle échoua pathétiquement. Entre autres raisons, parce que le Président Maduro répondit énergiquement en organisant, ce même jour, le transfert populaire des restes de Fabricio Ojeda, leader révolutionnaire du renversement de Pérez Jiménez, au Panthéon National. A l’appel du mandataire, des centaines de milliers d’habitants de Caracas remplirent les avenues de la capitale. Et on put voir clairement que le chavisme populaire dominait la rue, alors que l’opposition exhibait ses divisions et sa très faible capacité de mobiliser. Ce fut la seconde victoire du Président Maduro.

Peu après se produisit l’intervention du Tribunal Suprême, qui souligna que l’Assemblée Nationale se trouvait en situation de « désobéissance à la loi » depuis 2016. En effet, comme on s’en souviendra, lors des élections législatives de décembre 2015, des fraudes avaient été dénoncées dans l’état d’Amazonas. Des fraudes démontrées par des enregistrements dans lesquels la Secrétaire du gouvernement de cet état offrait des sommes d’argent à des groupes d’électeurs pour qu’ils votent en faveur des candidats d’opposition. En conséquence, le TSJ suspendit ces députés. Mais l’Assemblée Nationale persista à vouloir leur faire prêter serment. L’addition de ces trois députés aurait en effet conféré à l’opposition une majorité absolue qualifiée (deux tiers de l’assemblée) et le pouvoir de déroger des lois organiques ainsi que de limiter l’action du Président lui-même …

Les tensions entre un parlement et un Tribunal Suprême sont relativement fréquentes dans toutes les grandes démocraties. En Europe par exemple, quand surgit un conflit institutionnel entre pouvoirs, il est habituel que le Tribunal Suprême assume les compétences du Parlement. Et aux Etats-Unis, même un Président aussi ésotérique que Donald Trump a dû se conformer aux décisions récentes de la Cour Suprême…

Mais, à Caracas, la contre-révolution a utilisé ce débat pour relancer une campagne internationale sur la prétendue « absence de démocratie au Venezuela ». Avec la complicité de la nouvelle administration états-unienne, elle a monté une colossale opération de lynchage médiatique mondial contre Nicolás Maduro. En mobilisant les principaux médias dominants : depuis CNN et Fox News jusqu’à la BBC de Londres, en plus des principaux médias d’Amérique Latine et des Caraïbes, et les plus influents journaux globaux, piliers de l’hégémonie communicationnelle conservatrice, ainsi que les réseaux sociaux.

Dans le même temps, la droite vénézuélienne a manœuvré dans l’intention d’internationaliser le conflit en le transférant au sein de l’Organisation des États Américains (OEA), « ministère des colonies des États-Unis » selon Che Guevara. Obéissant aux consignes du nouveau gouvernement de Donald Trump et avec l’appui de régimes conservateurs d’Amérique Latine, Luis Almagro, secrétaire général de l’OEA, a alors assumé le rôle misérable de cette manœuvre en réclamant l’application de la Charte Démocratique contre le Venezuela.

Mais Caracas contre-attaqua sur le champ, et obtint la solidarité diplomatique de la majorité des États latino-américains et des Caraïbes. Malgré les ruses malhonnêtes et les faux arguments du Secrétaire Général de l’OEA, le Venezuela n’a jamais pu être mis en minorité. Il a vaincu de manière irréfutable. Et les ennemis de la Révolution Bolivarienne, parmi lesquels Washington, se sont cassé les dents contre la solide stratégie imaginée par le Président Maduro, basée sur la réalité des faits, l’honnêteté politique et l’éthique. Finalement, en avril, Caracas décida de se retirer de l’OEA, accusant cette organisation d’« actions intrusives contre la souveraineté du Venezuela». Avec imagination et audace, dans un contexte international complexe, Nicolás Maduro a ainsi obtenu sa troisième grande victoire.

Entretemps, les tensions augmentèrent à Caracas lorsque, le 29 mars, la Salle Constitutionnelle du TSJ déclara que “tant que persistera la situation de désobéissance à la loi et de non-validité des actes de l’Assemblée Nationale, la Salle Constitutionnelle garantira que les compétences parlementaires soient exercées directement par cette Salle ou par l’organe qu’elle désigne, afin de veiller à l’État de Droit”. Antérieurement, le TSJ avait déjà signalé « que l’immunité parlementaire n’est garantie que durant l’exercice de leurs fonctions », ce qui n’était pas le cas puisque l’Assemblée Nationale se trouvait dans cette situation de « désobéissance à la loi »

L’opposition antichaviste poussa des cris d’orfraie. Et avec l’aide – une fois de plus – des forces conservatrices internationales, se mit à propulser un plan séditieux contre-révolutionnaire. C’est ainsi que commença la longue et tragique « crise des guarimbas » (violences de rue menées par l’extrême droite, NdT). Durant quatre mois interminables – d’avril à juillet – la contre-révolution a lancé la plus désespérée, la plus brutale offensive de guerre contre le gouvernement bolivarien. Financées en dollars par la droite internationale, les forces antichavistes – avec à leur tête Primero Justicia et Voluntad Popular, deux organisations d’extrême droite – n’ont pas hésité à utiliser des paramilitaires, des agents terroristes et des mercenaires du crime organisé dans un déploiement de tactiques irrégulières simultanées, ainsi qu’une élite d’experts en guerre psychologique et en propagande « démocratique ». Avec la finalité pathologique de renverser Nicolás Maduro.

Ivres de violence, les hordes de ‘guarimberos’ se sont lancées à l’assaut de la démocratie vénézuélienne. Elles ont attaqué, incendié et détruit des hôpitaux, des centres de santé, des garderies, des écoles, des lycées, des maternités, des entrepôts d’aliments et de médicaments, des édifices gouvernementaux, des centaines de commerces privés, des stations de métro, des autobus, du mobilier public … tandis qu’elles multipliaient les barricades dans les quartiers bourgeois sous leur contrôle.

Les violents, lançant des dizaines de cocktails Molotov, s’acharnèrent particulièrement sur les effectifs des corps de sécurité. Cinq d’entre eux furent assassinés par balles. D’autre part, beaucoup de ‘guarimberos’ firent preuve d’une terrible sauvagerie en tendant de fins câbles d’acier en travers des voies publiques pour égorger des motards… Ou, débordant de haine et de racisme, en brûlant vifs de jeunes chavistes. Vingt-neuf au total, parmi lesquels neuf sont morts. Résultat: cent vingt et une personnes assassinées, des milliers de blessés et des pertes millionnaires.

Pendant ces quatre mois d’emportement contre-révolutionnaire, l’opposition appela également à attaquer des bases militaires, et tenta de pousser les forces armées à marcher contre le gouvernement légitime et à prendre d’assaut le palais présidentiel. L’extrême droite a tout tenté pour générer une guerre civile, fracturer l’union civico-militaire, et détruire la démocratie vénézuélienne.

Parallèlement, à l’échelle internationale, se poursuivait la frénétique campagne médiatique présentant à ceux qui incendiaient des hôpitaux, assassinaient des innocents, détruisaient des écoles et brûlaient des personnes vivantes, comme des « héros de la liberté ». C’était le monde à l’envers, celui de la ‘post-vérité’ et des ‘faits alternatifs’…

Ce ne fut pas facile de résister à tant de terreur, tant d’agression, et de contrôler l’ordre public avec une vision d’autorité démocratique, de proportionnalité et de respect des droits humains. Le président Nicolás Maduro, constitutionnel et légitime, a pu le faire. Et il a réussi à trouver ce qui semblait impossible : la sortie du labyrinthe de la violence. Avec une idée géniale, que personne n’attendait. Et qui a déstabilisé et déconcerté l’opposition: revenir au pouvoir constituant originaire.

Le prétexte du terrorisme ‘guarimbero’ résidait en effet dans le désaccord entre deux légitimités : celle du Tribunal Suprême de Justice et celle de l’Assemblée Nationale. Aucune des deux institutions ne voulait céder. Comment sortir de l’impasse ? En se basant sur les articles 347, 348 et 349 de la Constitution chaviste de 1999, et en s’appuyant sur son statut de chef de l’État et d’arbitre supérieur, le Président Maduro décida de réactiver un processus populaire constituant. C’était le seul moyen de trouver, par la voie du dialogue politique et de la parole, un accord avec l’opposition. Et de réguler le conflit historique, pour dégager des solutions aux problèmes du pays. Il mûrit ce plan en attendant le moment adéquat. Jusqu’à ce que le 1er mai, furent réunies toutes les conditions. Ce jour-là, le président annonça que l’élection des délégués à l’Assemblée Constituante s’effectuerait le 30 juillet. C’était la seule option pour la paix.

Mais, une fois de plus, confirmant sa désespérante maladresse politique, l’opposition rejeta la main tendue. Sous les vivats de la presse mondiale, comme partie de la campagne brutale et sans pitié contre la Révolution Bolivarienne, les partis d’opposition se mirent d’accord pour ne pas participer… Et se consacrèrent, au contraire, à saboter les élections, à empêcher l’accès au suffrage, à dresser des barricades, à brûler des urnes et à menacer ceux qui désiraient exercer leur droit de vote.

Ils échouèrent. Ils furent incapables d’empêcher que ce 30 juillet, les gens sortent massivement pour parier sur la démocratie contre la violence et la terreur. Plus de huit millions et demi de citoyens se rendirent à l’isoloir. En venant à bout de toutes sortes d’obstacles. En affrontant des paramilitaires et des ‘guarimberos’. En franchissant des rues bloquées. En traversant des rivières et des fleuves. En faisant l’impossible pour accomplir leur devoir civique, politique, éthique et moral… En surmontant les menaces du dedans et du dehors.

Peu de monde s’attendait à un niveau aussi élevé de mobilisation populaire, à une telle affluence de votants et au succès électoral éclatant. Le jour suivant, comme l’avait prédit le président, les ‘guarimbas’ se dispersaient. La violence s’évanouissait. La paix régnait de nouveau. Avec subtilité, patience, courage et décision, le président Maduro réussit de cette manière à faire échouer les ‘guarimbas’ et à faire avorter l’évidente tentative de coup d’État. Il se dressa avec fermeté face aux menaces et le fit sans altérer la substance de sa politique. Telle fut sa victoire la plus spectaculaire de l’année 2017.

« L’arrivée de la Constituante – expliqua Nicolás Maduro- signifia, sans aucun doute, l’arrivée d’un climat de paix qui permit l’offensive politique de la Révolution Bolivarienne. » Et cette offensive favorisa ce que beaucoup tenaient pour impossible : deux autres – sensationnelles et écrasantes – victoires électorales. Celle des gouverneurs des états, le 15 octobre, avec la conquête de 19 de ces gouvernements sur 23 possibles… Parmi lesquels, ceux de Miranda et de Lara, deux états dont la politique sociale se trouvait pratiquement en voie d’extinction aux mains de l’opposition. Et plus tard le triomphe au Zulia, un état stratégique, de grand poids démographique et possédant d’importants gisements de pétrole et de gaz…

De même, la Révolution Bolivarienne a gagné les élections municipales du 10 décembre, en obtenant 308 mairies sur 335, soit 93% des municipalités… Le chavisme s’est imposé dans 22 (des 24) capitales, dont Caracas. Tandis que la contre-révolution confirmait son impopularité avec une chute libre de ses électeurs. Perdant plus de 2 millions 100 mille votes…

En montrant au monde la vitalité de son système démocratique, le Venezuela fut le seul pays à organiser, en 2017, trois grandes élections nationales… Toutes trois gagnées par le chavisme. Alors que la droite, démoralisée par tant de désastres successifs, se retrouvait atomisée, désunie, groggy… Ses leaders se battant entre eux. Ses sympathisants sonnés. Même si elle conservait l’appui de ses protecteurs internationaux. En particulier celui du plus agressif d’entre eux : le nouveau Président des Etats-Unis, Donald Trump.

Tout au long de 2017 – dans la continuité de l’ordre exécutif du 8 mars 2015, signé par Barack Obama, qui déclare le Venezuela « menace inhabituelle et extraordinaire à la sécurité de États-Unis. »-, Donald Trump a émis une liste de sanctions contre la Révolution Bolivarienne.

Le 11 août en particulier, il brandit la menace d’une action militaire. Parlant aux journalistes sur son terrain de golf du New Jersey, Trump déclara: « Nous avons plusieurs options pour le Venezuela, parmi lesquelles une possible option militaire, si nécessaire. » Ensuite, le 25 août, dans le cadre du blocus financier contre Caracas, Trump interdit à « toute personne, entité, entreprise ou association, légalement sise ou réalisant des activités aux Etats-Unis, d’effectuer des négoces avec des titres de la dette émis par toute instance du gouvernement vénézuélien, à savoir des titres de la République émis par la Banque Centrale Vénézuélienne ou par l’entreprise d’état PDVSA« .

Ces sanctions cherchent à faire tomber le Venezuela dans un default (non-paiement de sa dette externe) en fermant à l’État et à PDVSA (la compagnie pétrolière de l’État, NdT) les portes des marchés financiers associés aux États-Unis. En l’empêchant d’y offrir des titres et de pouvoir obtenir des devises.

Déjà, Lawrence Eagleburger, ex-Secrétaire d’État du Président George W. Bush, avait ouvertement reconnu, dans un entretien accordé à Fox News, que la guerre économique contre le Venezuela avait été effectivement élaborée à Washington : « Nous devons user des outils économiques – affirma l’ex-Secrétaire d’État – pour faire en sorte que l’économie vénézuélienne empire, de telle sorte que l’influence du chavisme dans le pays et dans la région s’effondre (…) Tout ce que nous pouvons faire pour que l’économie vénézuélienne s’enfonce dans une situation difficile, est bon à prendre. » L’actuel secrétaire du Trésor, Steven Mnuchin, a confirmé officiellement que les nouvelles sanctions ont pour objectif d’« étrangler le Venezuela ».

Face à d’aussi insolentes agressions, Nicolás Maduro a déclaré que le default« n’arrivera jamais ». D’abord parce que le Venezuela est le pays sud-américain qui a le plus payé sa dette. Dans les quatre dernières années, Caracas a déboursé quelques 74 milliards de dollars… Et ce parce que le gouvernement bolivarien “aura toujours une stratégie claire” visant à renégocier et à restructurer la dette externe. Le mandataire a dénoncé que ce que cherchent les ennemis du chavisme est l’isolement financier de la Révolution Bolivarienne jusqu’à lui couper toute possibilité de crédit. Pour le noyer peu à peu. Ils veulent générer la crainte parmi les investisseurs privés, pour qu’ils n’achètent pas de titres, ne participent pas à la renégociation de la dette et qu’il n’y ait pas d’investissement. Nicolás Maduro a expliqué qu’au-delà d’un blocus, ce que le Venezuela affronte est une véritable « persécution » à laquelle participent des pays comme le Canada et ceux de l’Union Européenne. Une persécution active contre le commerce, les comptes bancaires et les mouvements financiers.

Mais le mandataire a su esquiver ces attaques. Et a surpris, une fois encore, ses adversaires, en annonçant, le 3 novembre, la création d’une Commission pour consolider le refinancement et la restructuration de la dette externe, avec pour objectif de surmonter les agressions financières. « Nous allons effectuer un reformatage complet des paiements externes pour atteindre l’équilibre – a-t-il déclaré – Nous allons briser les schémas internationaux. » Et il en fut ainsi. Quelques jours plus tard, défiant le blocus financier, et comme première étape d’un rapprochement pour la renégociation et la restructuration projetée par le président, débarquait à Caracas, pour se réunir avec le gouvernement bolivarien, un groupe de détenteurs de dette vénézuélienne provenant des Etats-Unis, du Panama, du Royaume-Uni, du Portugal, de Colombie, du Chili, d’Argentine, du Japon et d’Allemagne. Ce qui constitua une indéniable victoire pour le président Maduro.

Il faut préciser ici que le conflit de quatrième génération contre la Révolution Bolivarienne se joue sur plusieurs fronts et comprend de manière simultanée et constante quatre guerres : 1) une guerre insurrectionnelle élaborée par des experts en subversion, sabotage et psychologie de masses, avec emploi de mercenaires, explosion cyclique de ‘guarimbas’ criminelles et attaques terroristes contre des casernes, des objectifs militaires et des infrastructures globales (réseau électrique, raffineries, distribution de l’eau, etc.) ; 2) une guerre médiatique, avec la presse écrite, la radio, la télévision et les réseaux sociaux convertis en nouvelles armées de conquête par le biais de l’emploi planifié de la propagande destinée à domestiquer les esprits et à séduire les coeurs ; 3) une guerre diplomatique avec le harcèlement dans certains forums internationaux, en particulier à l’OEA, et les attaques des pays du groupe baptisé “groupe de Lima » auxquels se joignent régulièrement les Etats-Unis, le Canada et l’Union Européenne ; et 4) une guerre économique et financièreavec accaparement et création de pénuries alimentaires et de médicaments, manipulation du type de change de la monnaie par des bureaux illégaux, inflation induite, blocus bancaire et distorsion du risque pays.

A propos du risque pays, il ne faut pas oublier que, dans les quatre dernières années, comme nous l’avons mentionné, Caracas a honoré tous ses engagements de paiement de dette, sans exception, pour plus de 74 milliards de dollars. Ce qui devrait avoir fait baisser drastiquement le risque pays. On ne court en effet aucun risque à continuer à prêter au Venezuela puisqu’il paie religieusement toutes ses dettes. Cependant, le risque pays a continué à augmenter… Actuellement, selon la banque JP Morgan, ce risque pays se situe à 4.820 points, c.-à-d. trente-huit foisplus élevé que celui du Chili, pays qui a le même ratio dette/PIB que le Venezuela… On fait ainsi payer, très cher, à Caracas le fait d’avoir opté, démocratiquement, pour un système politique socialiste.

Quant au blocus bancaire, tout au long de 2017, et en particulier après les sanctions de Donald Trump, les ruptures unilatérales de contrats se sont multipliées. En juillet, par exemple, l’agent de paiement Delaware a informé que son correspondant bancaire, le PNC Bank des Etats-Unis, refusait de recevoir des fonds provenant de la compagnie pétrolière d’État Pdvsa. En août, le Novo Banco de Portugal a notifié à Caracas l’impossibilité de réaliser des opérations en dollars à la suite du blocus des banques états-uniennes intermédiaires. Plus tard, le Bank of China Frankfurt, allié de Caracas, n’a pu davantage payer 15 millions de dollars dus par le Venezuela à l’entreprise minière canadienne Gold Reserve… En novembre, plus de 39 millions de dollars – destinés au paiement de 23 opérations d’achats d’aliments pour les fêtes de Noël – furent renvoyés à Caracas parce que les banques intermédiaires des fournisseurs n’acceptaient pas d’argent du Venezuela…

D’autre part, au début de septembre, on a appris que l’entreprise financière Euroclear, filiale de la banque états-unienne JP Morgan, a bloqué un paiement de 1.200 millions de dollars effectué par le gouvernement bolivarien pour acquérir des médicaments et de l’insuline. Ce qui empêcha l’acquisition de 300.000 doses d’insuline… Dans le même temps, un laboratoire colombien, appartenant au groupe suédois BSN Medical, a refusé d’accepter le paiement par le Venezuela d’une cargaison de primaquine, médicament pour le traitement du paludisme et de la malaria.

L’objectif de tous ces blocus est d’empêcher que le gouvernement bolivarien puisse utiliser ses ressources pour acquérir les aliments et les médicaments dont sa population a besoin. Tout cela dans le but de pousser les gens à protester et de générer du chaos dans le système de santé, mettant en danger la vie de milliers de malades.

Dans ce cas, grâce à ses relations internationales, le président a concrétisé en novembre, l’importation urgente d’importantes cargaisons d’insuline en provenance de l’Inde. Des centaines de patients ont pu sauver leur vie. Ce qui, sans doute, a constitué une nouvelle victoire de Nicolas Maduro.

Pour briser le blocus financier, le président a annoncé, en novembre, une autre initiative: la création d’une monnaie numérique, le petro. Cette annonce a déclenché un grand enthousiasme dans la communauté d’investisseurs des crypto-monnaies, situant le Venezuela à l’avant-garde de la technologie et des finances globales, et a suscité d’énormes expectatives. D’autant plus que le prix du pétrole ne sera pas lié aux caprices et aux spéculations des marchés, mais sera associé à la valeur internationale d’actifs réels comme l’or, le gaz, le diamant et le pétrole. Le Venezuela a ainsi franchi un pas considérable pour disposer d’un mécanisme révolutionnaire de financement auquel aucune puissance étrangère ne pourra imposer de sanctions, ni boycotter l’arrivée de capitaux. En ce sens, le petro est une nouvelle et claire victoire du président Maduro.


Il faut ajouter qu’au milieu de toutes ces batailles, et malgré la faillite totale du modèle de dépendance pétrolière, le président s’est soucié tout particulièrement de maintenir la continuité du socialisme bolivarien et de ce que les plus pauvres ne soient pas dépourvus d’école, de travail, d’un toit, de soins médicaux, de revenus, d’aliments… Le gouvernement révolutionnaire n’a cessé de financer des grands travaux publics fondamentaux. Ni de construire des logements : en 2017, plus de 570 mille logements ont été remis à la population… La Mission Barrio Adentro(centres de santé publique, NdT) et toutes les missions sociales ont été maintenues. Le Plan « Semailles » a été renforcé. La Mission Approvisionnement Souverain a été étendue. Les Foires de Production Rurale Souveraine se sont multipliées. On a pris son courage à deux mains et, au milieu de tant de tempêtes, le président Maduro a réussi un miracle social de sauvetage du pays. La contre-révolution n’a pu arrêter l’avancée du socialisme.

Dans cette perspective, les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production(CLAP), modèle centralisé de distribution directe d’aliments, ont continué à se développer dans tout le pays. Quatre millions de vénézuéliens des secteurs populaires bénéficient de cette protection face aux pénuries causées par la guerre économique.

En outre, le président Maduro a pris, tout au long de 2017, de nouvelles initiatives sociales. La plus spectaculaire fut celle du Carnet de la Patrie, un nouveau document d’identification qui permet de connaître, à travers un système de codes QR, le statut socio-économique des citoyens. Il favorise de cette manière l’accès des familles qui en ont besoin aux aides sociales des missions socialistes. A la fin de décembre 2017, un total de 16 millions et demi de citoyens s’étaient inscrits au registre du Carnet de la Patrie.

Le président a également impulsé la création du mouvement ‘Somos Venezuela’ dont la finalité est d’accélérer le processus d’octroi des aides sociales. Les deux cents mille brigadistes de ‘Somos Venezuela’ ont pour tâche l’identification, maison par maison, des besoins des familles inscrites. Ensuite, les aides sont octroyées aux familles en fonction de leurs besoins réels. Un autre objectif important du mouvement ‘Somos Venezuela’ est de garantir 100% de pensionnés dans tout le pays, comme l’a promis Nicolás Maduro.

Le président a proposé aussi le plan ‘Chamba Juvenil’ destiné aux jeunes d’entre 15 et 35 ans, dans le but de les intégrer à l’emploi dans des secteurs visant à satisfaire les besoins humains identifiés à travers le Carnet de la Patrie, et dans le cadre du mouvement ‘Somos Venezuela’. Le plan concerne, en particulier, les jeunes universitaires sans emploi, les jeunes non scolarisés, les mères célibataires qui ont une charge familiale, et les jeunes sans domicile fixe. On estime que ce nouveau Plan génèrera 800 mille emplois.

Toutes ces avancées sociales ont constitué, sans aucun doute, quelques unes des plus précieuses victoires du Président Maduro en 2017.

Nous pourrions citer aussi les succès obtenus dans le domaine de la politique extérieure, en particulier l’extraordinaire tournée internationale du mandataire, en octobre, en Biélorussie, Algérie, Russie et Turquie, qui a débouché sur d’importants accords bilatéraux visant à gagner la bataille de la guerre économique et sociale. Ou les incessantes négociations maintenues par le président avec les pays producteurs de pétrole (OPEP et non-OPEP) qui ont permis, en 2017, une augmentation spectaculaire des prix du baril de plus de 23% !

Citons également la grande offensive contre la corruption initiée, enfin, en novembre, avec l’annonce de plusieurs dizaines d’arrestations spectaculaires parmi les hauts cadres de gestion et direction de Pdvsa et Citgo (filiale de Pdvsa aux Etats-Unis, NdT), parmi lesquelles des dirigeants de première ligne. Rien de tel ne s’était produit en cent ans d’industrie pétrolière vénézuélienne. Celle-ci fut sans doute la victoire du président Maduro dont on a le plus parlé, à la fin de 2017.

Pour finir, il faut rappeler que la destruction de l’image de Nicolás Maduro est la finalité principale des campagnes mondiales de propagande pilotées par les grandes corporations de la communication. Sans oublier la permanente guerre digitale depuis la sphère d’Internet à travers de multiples plates-formes du Web, et les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, WhatsApp, Youtube, Instagram, etc. Toutes ces armes de manipulation massive tentent de dégrader la figure du président et de manipuler la réalité vénézuélienne. Elles invisibilisent le niveau de soutien réel de larges secteurs de la population envers le mandataire, et occultent les violences de l’opposition. L’objectif est politique : faire plier le Venezuela bolivarien, acteur-clef du système-monde, non seulement par ses considérables richesses mais, surtout, par son modèle révolutionnaire et social. Et bien sûr de par son importance géopolitique en tant que puissance anti-impérialiste d’influence régionale.

Jusqu’ici, tous ces plans pour défenestrer Nicolás Maduro ont échoué. Comme lui-même l’a affirmé « l’impérialisme n’a pu nous asphyxier, et ne pourra rien contre la Révolution Bolivarienne, sur quelque terrain qu’il nous cherche. » Au contraire, le président s’est renforcé en 2017.

Cela lui a permis de reprendre l’initiative stratégique de la pacification du pays. Préoccupé par la défense des grands intérêts nationaux, et fidèle aux principes d’honnêteté et d’humilité majeure, Nicolás Maduro a proposé à l’opposition de s’asseoir à la table de négociations et de reprendre le dialogue. Cette fois dans le cadre neutre de Santo Domingo (capitale de la République Dominicaine, NdT). Sur la base du respect et de la reconnaissance mutuelle. Avec l’idée de rétablir une négociation nationale permanente comme méthode démocratique pour défendre l’intérêt supérieur de la nation et pour réguler le conflit qui surgit naturellement des divergences politiques au cours d’une révolution. Une telle avancée vers la paix a peut-être été la victoire la plus appréciée du président.

Dans cette année héroïque d’attaques brutales et d’agressions sans fin, le chavisme a démontré sa force et sa capacité de lutte. Et il a réussi à élargir sa base d’appui, en augmentant les forces politiques et sociales favorables à la révolution. Le voici plus solide que jamais. Ce qui signifie un soulagement et une espérance lumineuse pour toute l’Amérique Latine. N’en déplaise à ses ennemis, le président Nicolas Maduro a confirmé – avec ses douze brillantes victoires de 2017 – qu’il reste, comme disent ses admirateurs, « indestructible ».

Traduction : Thierry Deronne

Source :
VEnezuelainfo

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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Ven 19 Jan - 20:09

Venezuela : Envoyé spécial ou manipulateur spécial ?



Venezuela, naissance d’une dictature ? » est un chef d’œuvre de manipulation : manipulation des mots, manipulation des images, manipulation du son, etc…


La manipulation des mots :
[color] un titre court censé résumer le contenu du « reportage », en fait, 2 mots essentiels dans ce titre, « Venezuela » et « dictature », le reste (le mot « naissance » et le point d’interrogation) ne sert qu’à instaurer l’idée que ce reportage va être objectif, poser une question, évaluer des arguments, et à atténuer ce que le mot « dictature » pourrait avoir de terrible et de définitif. Il ne s’agit en fait que de clauses de style. Ce que ce « reportage » se propose de nous montrer, c’est que le Venezuela est une dictature. Le mot « dictature », dès le titre, est donc choisi comme le maître mot du « reportage. » Il est répété plusieurs fois.

Le mot « milice » pour qualifier les groupes de citoyens destinés à faire le lien entre population et la police est également loin d’être innocent.

Nous connaissons tous la connotation du mot « milice » en français et ce qu’il traîne avec lui d’exactions, de honte et de trahison envers la Patrie. En espagnol, le mot « milicia » signifie simplement « police »…

 

La manipulation du son : Le doublage des déclarations des chavistes est fait de façon impersonnelle, leur expression est plate, sans relief. Ces déclarations ne sont suivies que de commentaires négatifs. Le doublage des déclarations anti-chavistes est fait de façon expressive, l’indignation se sent dans la façon de parler, les commentaires sont positifs… Le temps de parole des anti-chavistes, que je n’ai pas mesuré précisément, est bien plus important que le temps de parole accordé aux chavistes, toujours présentés comme des gens sans qualification (la journaliste Ester Quiaro d’Union Radio présentée comme « une mère de famille qui parle à la radio » !) Sa radio, dont on nous dit cependant qu’elle est l’une des plus écoutée, n’est même pas nommée.

 

Les sous-entendus : « le fils de Nicolas Maduro, lui aussi député. » Une expression apparemment neutre mais apparemment seulement parce que ce qui est dit, de façon subliminale, c’est que « le fils de Maduro » a eu son siège de député par protection alors qu’il a été démocratiquement élu au cours d’élections que tous les observateurs internationaux ont considérées comme parfaitement correctes…

Il n’est pas dit non plus que si l’ANC est totalement chaviste, c’est parce que l’opposition n’y a présenté aucun candidat. Un choix qu’elle doit maintenant assumer et qui est de sa seule responsabilité.

 

La manipulation des images : Le « reportage » débute par un bilan relativement positif de l’époque Chavez. En quelques images rapides. Mais les louanges d’Hugo Chavez ne sont destinées qu’à mieux démolir Nicolas Maduro, nous allons vite nous en apercevoir.

Les images et les déclarations de Vénézuéliens mécontents, dans les queues pour s’approvisionner par exemple, auront droit à un temps d’antenne beaucoup plus long ainsi que les manifestations anti-chavistes dont on n’ose tout de même pas prétendre qu’elles sont pacifiques mais dont on nous dit que la responsabilité de la violence est partagée.

Pas un mot des personnes brûlées vives parce que « suspectées d’être chavistes ! » ni des armes portées et utilisées par les manifestants contre des forces de l’ordre désarmées. Le nom des journaux pro-gouvernementaux brandis par le général Alcala n’est pas indiqué mais l’image s’arrête complaisamment sur le nom d’un seul journal d’opposition. D’après lui, il n’existe pratiquement plus que des médias pro-gouvernementaux. Or, en 1998 il y avait au Venezuela 304 radios privées FM. En 2017, il y en avait 481. En 1998, il y avait 36 télévisions privées émettant en clair et elles étaient 63 en 2017. Loin de baisser, leur nombre a donc augmenté et, sur les 49 médias prétendument fermés par Maduro, seuls 2 l’ont été réellement pour avoir appelé à une intervention militaire étrangère dans le pays, les autres ayant disparu pour des raisons qui n’ont rien à voir avec une fermeture décidée par le Gouvernement.

 

Le choix des personnes interviewées ou que le « reportage » présente complaisamment : quelques chavistes, interviewés rapidement et des opposants triés sur le volet : le général à la retraite Cliver Alcala, « un chaviste de la première heure que son amitié pour Chavez n’empêche pas de critiquer Maduro, » des proches d’Antonio Ledezma dont on nous présente l’arrestation comme un scandale alors qu’il est responsable d’un nombre certain de morts survenues dans des manifestations violentes organisées sous sa juridiction et avec son plein accord, Leopoldo Lopez, condamné lui aussi pour sa responsabilité dans les violences de l’opposition, Lilian Tintori qui passe son temps à parcourir le monde pour organiser des attaques contre son pays depuis l’étranger, Luisa Ortega Diaz, l’ex-procureure générale corrompue, etc…

 

La manipulation des faits : Les fais défavorables au Gouvernement Bolivarien sont toujours commentés complaisamment, avec force détails biaisés : par exemple, la conversion du salaire d’un Vénézuélien en euros n’a aucun sens car s’y ajoutent un certain nombre d’avantages en nature qui rendent le montant du salaire complètement détaché de la réalité. Bien évidemment, un Français ne vivrait pas avec ça car il n’aurait pas les droits sociaux gratuits, les tickets d’alimentation et l’accès à un certain nombre de services dont on se garde bien de nous parler même si les tickets d’alimentation ont été évoqués très rapidement. Alors que, justement, il aurait fallu s’y attarder…

 

La manipulation de l’interprétation des faits : Les membres des CLAP1 qui présentent avec fierté une réussite de la Révolution Bolivarienne sont présentés comme des propagandistes du Gouvernement et leurs explications à propos de ces distributions pratiquement gratuites d’aliments comme de la propagande.

On ne nous dit pas que le Venezuela a un indice de développement humain plus élevé que le Brésil, le Pérou et la Colombie, des pays qui ne sont pas souvent critiqués sur nos antennes…

Mais on nous dit, par contre, que le président Maduro est l’objet de « soupçons de tortures », on évoque des « soupçons de fraude » à propos des élections que le Parti Socialiste Uni a gagnées haut la main (et auxquelles l’opposition a participé). On ne nous dit surtout pas que Alfred de Zayas, l’expert indépendant de l’Organisation des Nations Unies pour la Promotion d’un Ordre International Démocratique et Equitable, a déclaré lors de son séjour au Venezuela que « ce terme de « crise humanitaire » devient facilement un prétexte pour provoquer une intervention destinée à renverser un Gouvernement élu. »

Les « journalistes » qui ont réalisé ce « reportage » sont d’une mauvaise foi évidente. Alors, la question que je me pose et que je vous pose est : « Ont-ils encore droit au nom de « journalistes » ?

 

Source : Bolivar Infos. Relecture par Investig'Action[/color]
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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Jeu 8 Fév - 2:32

Les Etats-Unis reconnaissent publiquement que les sanctions cherchent l’effondrement du Venezuela



Le Secrétaire d’État états-unien Rex
Tillerson a suggéré la possibilité d’un coup d’État au Venezuela pour
chasser le président élu Nicolas Maduro et l’exiler à Cuba : « parfois en Amérique Latine l’armée peut être un acteur de changement quand les choses vont trop mal«  a-t-il précisé le jeudi 1 février.


 


La thèse est assez souvent répétée mais elle ajoute plus de réalisme au scénario actuel : plus les partis d’opposition rendent visible leur incapacité à diriger le front intérieur de l’opération de changement de régime, plus les puissances occidentales se font les porte-paroles d’actions contre le Venezuela et agissent. De façon de plus en plus agressive et brutale.

La semaine dernière, le chef de la CIA, Mike Pompeo, a avoué lors d’un forum du think-tank néo-conservateur American Enterprises Institute que l’appareil de renseignement qu’il dirige a travaillé coude à coude avec Trump les éléments des sanctions contre le Venezuela.

Les médias internationaux qui ont rapporté ses déclarations en ont extrait la partie la plus rentable pour eux, oubliant les détails que, pendant presque une heure, Pompeo a donnés sur le parcours qui a abouti à la mise sur pied de institutionnalisation des sanctions financières par un Ordre Exécutif (13692) et la désignation de plus de 30 fonctionnaires de haut niveau du Gouvernement vénézuélien par l’OFAC/Département du Trésor.

Pour orchestrer les sanctions, la CIA, selon son chef, a préparé des rapports sur le statut actuel des Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) et leur relation avec le pouvoir exécutif. Il a aussi été élaboré une mosaïque des points faibles de la dette extérieure concernant le délai et la capacité de paiement du pays destinée à obtenir une plus grande efficacité qui se permettrait non seulement de forcer la situation de défaut de paiement mais aussi de déformer le schéma du commerce international du Venezuela concernant des produits de base comme les aliments et les médicaments.

Peut-être à cause du flux énorme d’informations au Venezuela où des événements importants peuvent remonter dans un ensemble de nouvelles concernant le spectacle, les déclarations du chef de la CIA sont arrivées dans la plus grande indifférence, encouragée par les nouvelles technologies de l’information en ce qui concerne la politique parce que c’est leur intérêt. Et cela aussi fait partie du plan : l’individualisation en tant que processus systémique (le contraire de la politique) est la dernière touche de la grande œuvre du pouvoir mondial pour supprimer les vases communicants de la société.

Des déclarations de Pompeo se détachent, au moins, 3 signes qui vont marquer le conflit politique et sa internationalisation consciente pour des raisons géopolitiques impérieuses après l’installation de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) et le désastre de l’opposition interne:

1° La confession de la CIA est un reflet du fait que le pouvoir dur (qu’on appelle « Etat profond » dans les conclaves des grandes corporations qui décident de la politique étrangère des puissances) laisse derrière lui la diplomatie et, dans le meilleur des cas, lui impose ses rythmes et ses façons d’agir.

2° Que des organes de sécurité étasuniens entrent en jeu de façon frontale révèle que les sanctions et ce qui en découle sur le terrain sont une expérimentation pré-guerrière dans laquelle la vie de la population et l’Etat Nation doivent être détruits par des mécanismes de pouvoir réel (interruption de la fourniture d’aliments, de produits d’hygiène, d’argent) en poussant un scénario d’intervention préventive pour « raisons humanitaires » et « l’effondrement définitif » tellement annoncé.

3° Les agences du Gouvernement des Etats-Unis et le Congrès prennent un tournant dans lequel « l’issue » à la crise vénézuélienne est transnationale et se fait par la force, les élections et l’Etat en exercice (la Constitution vénézuélienne) en tant que pratique sociale et cadres symboliques de la nation, deviennent des obstacles au développement du plan de fond. Le Gouvernement Trump est, à la base, une Junte Militaire. C’est pourquoi il crie à la « fraude » dès que les élections présidentielles ont été annoncées.

La création par l’extrême droite de María Corina Machado de « Je suis le Venezuela » comme avant-garde idéologique de « l’intervention humanitaire » nommée ainsi sans aucun détour car ils savent qu’ils recevront les applaudissements du Congrès, doit être vue comme l’élargissement de ce front. Le vertige que donne l’élargissement des sanctions demande de simuler une certaine vénézolanisation.

Dans une vidéoconférence avec des journalistes, le haut fonctionnaire du Département d’Etat a évoqué sans plus de détails la façon dont « un officiel du Département de l’Etat-major » a donné certains détails sur la tournée qu’effectuera le Secrétaire d’Etat Rex Tillerson en Amérique Latine à partir du 1° février. Dans son programme, il est prévu qu’il se rende au Mexique, en Argentine, en Colombie, au Pérou et en Jamaïque et qu’il rencontre les principales autorités et le corps diplomatique des pays qui composent le Groupe de Lima.

Un détail important : cette tournée se déroule à quelques jours de la présentation par la Chine, qualifiée comme l’une des principales menaces pour les Etats-Unis dans sa Stratégie de Sécurité Nationale et de Défense pour 2018, de son projet Initiative de la Bande et de la Route au II° Forum Chine-CELAC (Communauté des États Latino-américains et des Caraïbes). Un fait qui n’est pas sans importance étant donné que la Chine augmente son influence financière sur la région dont le Venezuela est un pivot dans les stratégies du géant asiatique qui prend la place des Etats-Unis comme principal partenaire commercial.

Les journalistes ont interrogé « l’officiel » sur les divers sujets que Tillerson devrait traiter pendant sa tournée. Les négociations complexes sur le TCLAN avec le Mexique, l’augmentation de la production de drogue en Colombie et d’autres négociations sur l’ouverture de marchés pour les exportations étasuniennes devraient tenir une bonne partie de l’ordre du jour bien que le sujet du Venezuela devrait être au premier plan pour la presse mondiale.

A une question de la journaliste María Molina de Radio Colombia sur l’efficacité des sanctions contre le Venezuela, il a répondu : « La campagne de pression fonctionne. Les sanctions financières que nous avons imposées au Gouvernement vénézuélien l’ont obligé à commencer à créer le défaut de paiement aussi bien en ce qui concerne la dette souveraine que la dette de PDVSA, leur compagnie pétrolière. Et ce que nous allons amener, (…) c’est un effondrement économique complet du Venezuela. Alors, notre politique fonctionne, notre stratégie fonctionne (…) » Cette déclaration est un message pour tenter d’affaiblir la table de dialogue en République Dominicaine.

Il souligne aussi (sur un ton assez euphorique) les sanctions coordonnées avec l’Union européenne et la création du Groupe de Lima pour mettre en place une coalition qui augmente la capacité de nuisance des sanctions des Etats-Unis.

De cette façon, les Etats-Unis reconnaissent une évidence mais qui résonne différemment quand elle est prononcée par le pouvoir : les sanctions imposées au Venezuela n’ont pas pour but de « rétablir la démocratie » ou d’inciter à des « négociations sérieuses » avec l’opposition mais de faire s’effondrer le pays économiquement et financièrement pour l’engager dans une situation de chaos perpétuel qui pourrait permettre une issue militaire. La privation d’aliments et de médicaments, le boycott du dollar parallèle et le blocus financier sont des étapes préalables et ceux qui les mettent en place reconnaissent qu’elles suivent la bonne voie. Le moment d’occulter les ordres du jour est passé.

Pendant ce temps, le Congrès des Etats-Unis a déjà approuvé dans sa chambre basse un projet de loi « d’assistance humanitaire » au Venezuela qui oblige la diplomatie étasunienne à chercher à obtenir du Conseil de Sécurité de l’ONU des mesures coercitives qui permettent de faire parvenir cette « aide » grâce à des mécanismes militaires et privés. Le Département d’Etat reconnaît que les politiques de sanctions représentent un ensemble d’agressions préalables pour que cette loi l’impose comme la seule solution pour le Venezuela.

Tillerson semble avoir bien prévu son ordre du jour et la façon de faire pression, ce n’est pas pour rien que Pompeo s’attribue les sanctions et « l’officiel » du Département d’Etat interviewé fabrique un modèle aux objectifs que poursuivent les sanctions. Une manœuvre qui rend transparents les acteurs de poids qui sont derrière et contrôlent.

A la lumière des composantes du front intérieur (dialogue, Assemblée Nationale aux mains de gens comme ceux du parti Un Nouveau Temps, décomposition de l’opposition de partis politiques et organisation d’élections présidentielles) tout suggère que la tournée de Tillerson non seulement annonce une ronde de sanctions plus agressives contre l’économie – le journal des Amériques envisage un éventuel embargo sur le pétrole – mais la construction de bases de soutien dans la région pour les rendre légitimes. Le Groupe de Lima a été créé pour cela. Au départ, il a été fondé en tant que garant du blocus politique, diplomatique et financier du pays. Il faudra voir combien de pays sont attirés par le fait de rompre les relations commerciales et diplomatiques avec le Venezuela car au-delà des communiqués, les Etats-Unis ont besoin d’envoyer un message fort et d’augmenter l’efficacité du blocus diplomatique et financier.

Une analyse minimale des éléments dont nous avons parlé permet d’envisager l’éventualité qu’à mesure que l’effondrement provoqué par les sanctions avance, cette coalition se transforme en front militaire pour faire pression pour une intervention « humanitaire. » La résistance provoquée par les paroles de Trump disant qu’il n’écartait pas « l’option militaire » au Venezuela a différentes acceptions, selon qu’il s’agit d’une intervention pour soi-disant protéger ou sauver un pays « effondré », ou de l’ouverture de « couloirs humanitaires » par des pays frontaliers pour balkaniser le pays. La CIA et le Congrès travaillent à ce changement de sens devant lequel le Département d’Etat et son « chef » baissent la tête.

The Washington Post et The New York Times, des médias qui ont d’importantes relations commerciales avec la CIA, accélèrent une intense campagne pour homologuer le Venezuela avec la Somalie ou le Congo, des pays également victimes de cette sorte de guerres. Les crimes ne sont pas seulement économiques mais se mènent aussi dans le domaine de l’information.

Les tournées de hauts fonctionnaires des Etats-Unis pour préparer un ordre du jour de siège ont un précédent dans la tournée de Mike Pence en août, quelques semaines après l’installation de l’Assemblée Nationale Constituante et avec une opposition dévastée, dans laquelle il s’agissait d’intégrer des soutiens régionaux pour augmenter les pressions sur le Venezuela.

Quelques semaines plus tard, un Ordre exécutif signé par Donald Trump institutionnalisait le blocus financier du Venezuela, une action qui aujourd’hui rend chaotiques tous les aspects de la vie sociale, économique et politique du pays. Un crime qui aujourd’hui dépasse toutes les lois internationales et « met contre le mur l’estomac de la population »…

Traduction:  Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Source en espagnol :
http://misionverdad.com/LA-GUERRA-EN-VENEZUELa/eeuu-reconoce-publicamente-que-busca-llevar-a-venezuela-al-colapso

URL de cet article :http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/02/venezuela-les-etats-unis-reconnaissent-publiquement-que-les-sanctions-cherchent-l-effondrement-du-pays.html

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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Mer 23 Mai - 7:49

Bonjour,
Le Venezuela est un des rares pays au monde à avoir mis en place une assemblée constituante, qui représente donc le peuple au sain du gouvernement. Mais ne fait pas partie des amis de l'empire que les saoudiens, le Maroc ou l'Ukraine, car ils s'opposent avec énergie à l'hégémonie oligarchique et de ce fait s'attirent les foudres de ses derniers. Même si Maduro n'est pas à l'abris d'une gaffe, n'oublions pas qu'il doit composer avec des sanctions qui affaiblissent son économie ou des partis de l'oppositions aider par les américains.
Orné


Maduro réplique à Trump et expulse ses représentants au Venezuela



Le président vénézuélien Nicolas Maduro, réélu dimanche au cours d'un scrutin très largement critiqué par la communauté internationale, a répliqué mardi aux nouvelles sanctions des Etats-Unis en expulsant ses deux plus hauts représentants diplomatiques à Caracas.

"J'ai déclaré persona non grata le chargé d'affaires des Etats-Unis (Todd Robinson, ndlr) et j'annonce son départ dans les 48 heures", a déclaré le président socialiste, accusant M. Robinson de fomenter un complot militaire, économique et politique contre lui.

Nicolas Maduro a également ordonné l'expulsion du numéro deux de la mission diplomatique (les deux pays n'ont plus d'ambassadeurs respectifs depuis 2010), Brian Naranjo, qu'il a accusé d'être le représentant local de la CIA.

Il réplique ainsi au décret signé lundi par son homologue américain Donald Trump, visant à réduire la capacité du Venezuela à vendre ses actifs.

"Je rejette toutes les sanctions contre la République bolivarienne du Venezuela, car elles font du mal, elles provoquent de la souffrance au peuple vénézuélien", a déclaré le chef de l'Etat, au pouvoir depuis 2013 et réélu jusqu'en 2025.

Washington pourrait d'ailleurs ne pas en rester là, un responsable du département d'Etat ayant dit mardi que les Etats-Unis pourraient prendre des "mesures réciproques appropriées" une fois reçue la "notification de la part du gouvernement vénézuélien à travers les canaux diplomatiques" de l'expulsion de leurs deux diplomates.

Ces nouvelles sanctions américaines s'inscrivent dans le concert de critiques internationales après la victoire de M. Maduro, 55 ans, avec 68% des voix contre 21,2% à son principal adversaire, Henri Falcon, 56 ans, dans le contexte d'une abstention record de 54% et d'un boycott par l'opposition qui dénonçait une "supercherie".

- "Irrégularités" selon l'UE -

Les résultats annoncés, qualifiés de "farce" par les Américains, ont été aussi rejetés par le Groupe de Lima, une alliance de 14 pays d'Amérique et des Caraïbes qui comprend l'Argentine, le Brésil, le Canada, la Colombie et le Mexique. Ils ont rappelé dès lundi leurs ambassadeurs au Venezuela.

Mardi, Bruxelles a également haussé le ton : "L'Union européenne envisage des sanctions", a fait savoir la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini, dénonçant notamment de "nombreuses irrégularités signalées le jour du scrutin, y compris l'achat de votes".

Du côté de la France, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Agnès von der Mühll, a jugé que l'élection ne pouvait "pas être considérée comme représentative en raison des entraves posées à la participation de plusieurs partis et leaders d'opposition".

Face à ces critiques, Caracas reste inflexible et crie au complot.

"Nous n'avons jamais vu une attaque internationale aussi impitoyable que celle menée contre ce processus" électoral, a dénoncé mardi la présidente du Conseil national électoral (CNE), la chaviste Tibisay Lucena, à l'occasion de la cérémonie de proclamation officielle de l'élection de M. Maduro.

Le ministère des Affaires étrangères a quant à lui fustigé "le lynchage politique et financier" du Venezuela par les Etats-Unis, où gouverne un "régime suprématiste, raciste et interventionniste (...) inspiré par les postulats néfastes du Ku Klux Klan".

- Débâcle économique -

Malgré cette attitude frondeuse sur le plan diplomatique, le Venezuela ne peut cacher sa débâche économique : autrefois le pays le plus riche d'Amérique latine grâce à ses immenses réserves pétrolières, il n'est plus que l'ombre de lui-même, se débattant entre hyperinflation et graves pénuries d'aliments et de médicaments.

La crise a déjà fait fuir à l'étranger des centaines de milliers de Vénézuéliens, mais M. Maduro assure que la faute en revient à la "guerre économique de la droite", soutenue par Washington. Il promet une "révolution économique" porteuse de prospérité pendant son second mandat.

"Ce qui se profile à l'horizon, c'est un plus grand isolement diplomatique et commercial et plus de difficultés pour accéder au crédit et au financement", estime l'analyste Diego Moya-Ocampos, du cabinet britannique IHS Markit.

Les Etats-Unis agitent déjà la menace d'un embargo pétrolier, dont les conséquences seraient redoutables pour le Venezuela, qui leur vend un tiers de son brut et est classé en défaut de paiement partiel par les agences de notation.

"Le Venezuela commence déjà à subir un boycott économique de la part des Etats-Unis et de leurs alliés et cela va être fatal au maintien du régime", assure à l'AFP l'expert en relations internationales Carlos Romero.

Après le vote, le président Maduro a appelé à un "dialogue" mais l'opposition, bien que divisée, le refuse et appelle à de "vraies élections".



(©️AFP / 22 mai 2018 21h56)>>>Source<<<
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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Jeu 19 Juil - 23:45

La situation au Venezuela en 10 minutes - Vincent Lapierre vous parle




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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Lun 23 Juil - 0:49

Au Venezuela, on sème dans le “hors-champ” médiatique



Au Venezuela, les habitants des quartiers populaires répondent à la guerre économique en auto-gérant des écoles de semences et en nettoyant des parcelles de terre pour développer l’agriculture urbaine. Dans les années qui viennent Terra Tv ira à la rencontre de cette majorité sociale rejetée dans le “hors-champ” médiatique…



[Venezuela] 5 mythes sur la crise (et ce qui se passe réellement), par la BBC

>>>Lire l'article sur Les Crises

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MessageSujet: Re: Dossier Venezuela : Les derniers événements    Mer 15 Aoû - 0:41

Venezuela: ce qu’on ne verra pas à la télévision



Simon de Beer revient d’un voyage de trois semaines au Venezuela. Un séjour surtout touristique qui l’aura notamment poussé à gravir la terrible montage Roraima. Mais, même en vacances, difficile de ne pas ouvrir grand les yeux et les oreilles pour partir à la rencontre de la population dans un pays en pleine mutation, décrié par les médias et menacé de guerre par Trump. Simon nous livre donc un petit compte-rendu “qui ne colle pas tout à fait à ce qu’on voit en général à la télévision”.


Premier constat : les réalisations de la révolution bolivarienne sont impressionnantes

On en parle très peu et c’est bien dommage. Dans le plus petit village reculé, on trouve une école publique entièrement gratuite (matériel et repas compris pour les enfants). L’analphabétisme a été éradiqué et le Venezuela est actuellement le 5e pays au monde avec le plus haut taux d’universitaires. Partout, la population arbore fièrement son cartable aux couleurs du Venezuela, reçu lors de l’inscription à l’école ou à l’université.

Un système de soin de santé – entièrement gratuit lui aussi – couvre tout le pays. Sur une petite île de 2000 habitants où nous avons passé quelques jours, il y a avait carrément un mini-hôpital, avec dentiste, gynécologue et même un petit laboratoire. « Tous les soins sont gratuits » lisait-on en six langues à l’entrée. Ayant tous les deux attrapé un sale virus, nous avons été reçus un dimanche sans rendez-vous et sans attente, et sans débourser le moindre centime, malgré que nous soyons étrangers. « Au Venezuela, la santé est un droit garanti par la constitution » expliquait fièrement l’infirmière qui nous a pris en charge.

Caracas, la capitale, a un métro moderne et… gratuit (une bonne leçon pour ceux qui prétendent que rendre les transports en commun moins chers à Bruxelles est impossible). Des centaines de milliers de logements sociaux y ont été construits. Des bidons-villes entiers ont littéralement été transformés en logements. Nous avons pu visiter un quartier totalement nouveau inauguré l’année dernière. A l’échelle du pays, on parle de 2 millions de nouveaux logements depuis 2012.

Au niveau démocratique, de grandes avancées ont aussi été réalisées. Le peuple s’est littéralement ré-approprié la politique. Des comités de quartiers ont été mis en place partout pour traiter des questions locales. Les gens sont toujours ravis de discuter politique. « Avant Chavez nous vivions dans une démocratie de façade », m’a expliqué un chauffeur de taxi. Avant d’ajouter : « Mais il faut aussi que tu parles à d’autres personnes, pour te faire ta propre opinion.»

Les indigènes ne sont plus considérés comme des citoyens de seconde zone. « Chavez nous a apportés le droit au travail et le droit à l’éducation », nous a ainsi raconté un membre d’une communauté indigène de la région de Canaima. « Avant, nous n’avions tout simplement aucun droit. »



Le peuple vit actuellement une crise très dure

Grâce à la politique sociale du gouvernement, aux magasins sociaux, aux cantines populaires, à la médecine gratuite, etc., le peuple ne vit pas dans la misère et ne meurt pas de faim, comme on lit régulièrement dans nos médias (et comme c’est le cas dans d’autres pays d’Amérique latine). Néanmoins, on ne peut nier que les temps sont durs. Le pouvoir d’achat est considérablement limité. Les prix augmentent sans cesse et la monnaie perd de sa valeur, malgré les augmentations régulières des salaires. Ce qui est un vrai casse-tête au quotidien.

L’origine de ce problème vient des grands groupes privés, qui contrôlent encore l’essentiel de l’économie, et qui mènent une guerre économique très dure contre le Venezuela depuis quatre ans. Un peu comme ce fut le cas en 1973 contre le Chili d’Allende.

C’est aussi dû au fait que l’économie du Venezuela reste trop dépendante du pétrole et peine à développer un secteur productif national et indépendant. C’est évidemment l’un des grands défis du gouvernement.

Résultat, même si l’actuel président Maduro reste très populaire – comme en témoignent encore les dernières élections – une partie du peuple se laisse séduire par le discours de l’opposition de droite, qui surfe sur un certain mécontentement ambiant et espère ainsi revenir au pouvoir.


Et l’opposition alors ?

On entend souvent dans nos médias que le Venezuela est une dictature, où l’opposition serait bâillonnée. Quelques heures sur place vous prouvent directement le contraire. 90% des chaînes de télé sont aux mains de l’opposition. On y entend toute la journée des critiques sur le gouvernement. Les gens s’expriment librement (ils adorent d’ailleurs discuter, quelles que soient leurs opinions). Les routes touristiques sont largement dominées par l’opposition. Et ils ne se privent pas de vous dire tout le mal qu’ils pensent de Chavez et Maduro, avec une mauvaise foi parfois déconcertante.

Quelques petits extraits choisis de nos conversations :

« Avant nous vivions dans un quartier avec uniquement des gens convenables, bien éduqués. Mais le gouvernement a construit des logements sociaux et maintenant il y a des pauvres dans le quartier. On n’est plus en sécurité. Si le gouvernement le demande, ils nous attaqueront avec des pierres. Regardez comme ils pendent leur linge aux fenêtres ! Ils ne sont pas civilisés. »

« Avant nous vivions dans un pays avec des valeurs. Il y avait de la méritocratie. Aujourd’hui tout le monde peut aller à l’université et avoir un travail. Résultat ? C’est le nivellement par le bas. »

« Avant Chavez, on vivait bien. On trouvait tout ce que l’on voulait dans les magasins. On pouvait choisir entre 10 marques pour chaque produit. Le pays ne connaissait pas la crise. »

NB : avant Chavez, il y avait une taux de pauvreté de 80%… Ce taux est descendu à 26% en 2014 (avant la crise actuelle).



Bref, ce qui se joue au Venezuela, ce n’est pas question de « démocratie », comme on lit dans nos médias. L’immense majorité des gens n’a en fait jamais joui d’autant de liberté qu’aujourd’hui (sur les plans politiques, éducatifs, sociaux-économiques, culturels et autres).

Ce qui se joue au Venezuela, c’est un conflit entre deux catégories sociales opposées : le peuple d’un côté, les riches privilégiés de l’autre côté.

Le peuple qui essaie de redresser la tête après des décennies de misère, en cherchant sa propre voie vers le progrès social. Les riches, soutenus par les multinationales étrangères et les Etats-Unis, qui refusent de voir leurs anciens privilèges s’envoler. Ils ne supportent pas de voir les richesses colossales du Venezuela aller dans des programmes sociaux plutôt que dans leur poche. Et ils sont prêts à tout pour renverser le gouvernement en place.

Pour ma part, sans idéalisation, le Venezuela reste quand même une source d’inspiration face à ceux qui répètent inlassablement qu’on ne peut pas investir dans le logement social, développer les transports en commun ou faire baisser les coûts de l’enseignement et de la médecine. Certes, tout n’est pas parfait, mais le Venezuela nous montre à sa façon que d’autres choix sont possibles. Et rien que pour ça, ce pays mérite le détour.

Source :Investig'Action

Comprendre les défis économiques du Venezuela



La crise économique que traverse le Venezuela est-elle bien la preuve de la faillite de la révolution bolivarienne? Dans Les 7 péchés d’Hugo Chavez, Michel Collon analysait le défi qui se posait: rééquilibrer une économie basée sur la rente pétrolière et disposant de maigres secteurs agricole et industriel. Contrairement à certaines idées reçues, Chavez ne s’est pas contenté de distribuer l’argent du pétrole aux pauvres à travers des programmes sociaux. L’ancien président avait entrepris de jeter les bases nécessaires au développement d’une véritable économie nationale. Un processus toujours en cours, mais dont le chemin est semé d’embûches. Mieux que les dépêches d’agences basées sur les médias d’opposition, cet extrait des 7 Péchés d’Hugo Chavez vous aidera à comprendre ce qui est en jeu au Venezuela.


Une économie bloquée et peu productive

Telle est donc la situation des diverses classes sociales du Venezuela. Une bourgeoisie nationale écrasée et atrophiée, une paysannerie chassée de la campagne, un prolétariat chassé des usines et un secteur informel hypertrophié mais improductif. Toutes les classes subissent les effets de la dépendance envers l’étranger.

Le nœud du problème ? J’ai demandé à José Rivas, directeur à la Banque centrale du Venezuela, quelle était selon lui la cause fondamentale des problèmes actuels de l’économie vénézuélienne. Il m’a répondu sans hésiter : « C’est encore toujours le caractère rentier, non productif, de l’économie de ce pays. Nos grands bourgeois ont toujours vécu en gagnant assez, sans avoir à se préoccuper du fait que les gens n’avaient pas de quoi acheter. »

La ‘malédiction du pétrole’ alors ? « Non, le fond du problème, c’est : que fait-on avec ce qu’il rapporte ? La rente pétrolière, comme on dit. Si elle part dans les comptes en banque à l’étranger, par ‘les veines ouvertes de l’Amérique Latine’, selon l’expression d’Eduardo Galeano, cela bloque le développement du pays. La répartition de cette rente pétrolière a favorisé la concentration du capital et des revenus. Du coup, la consommation dépendait surtout des hauts revenus. Même si elle a également permis le développement d’une certaine industrie, et même si, à certaines époques, les travailleurs en ont également touché une petite part, en gros l’argent du pétrole n’a pas été bien utilisé. De plus, le développement du pays a été très inégal, ne créant aucune industrie dans le Sud, abandonné. »

Chavez a donc hérité d’une économie complètement déséquilibrée. D’un côté, un poids exagéré du pétrole mais aussi des services : commerce, finances, spéculation immobilière. De l’autre, l’industrie et l’agriculture sont rachitiques. Ce n’est pas que les gens ne veulent pas travailler, comme on entend parfois. Non, à cinq heures du matin, vous voyez des foules de gens descendre des barrios de Caracas. Ils ne restent pas au lit, ils vont bosser. La question, c’est : quel travail s’offre à eux ? Ca se limite au commerce, la construction, quelques petites industries… Il n’y a pas un tissu économique valable.


Faire le bon diagnostic

Faire le bon diagnostic est donc vital pour toute alternative en Amérique latine : c’est la dépendance qui envoie au Nord toute la plus-value produite dans ces pays et empêche qu’elle serve au développement.


Désigner la vraie cause de la pauvreté est donc fondamental, comme l’indique le sociologue James Petras : « Les niveaux de vie en recul et la pauvreté massive sont à la fois la cause et la conséquence de la centralisation de la richesse et du capital entre les mains d’un petit nombre de banques étrangères et nationales. Les inégalités ont atteint des niveaux sans précédent tandis que le capital et les produits étrangers dominent les marchés et les économies locales. »[1]

C’est en décidant de se spécialiser dans l’exportation des produits agricoles et miniers au service des pays impériaux que l’élite latino-américaine a provoqué un chômage massif. Jamais, dans ses innombrables études et rapports sur la pauvreté, la Banque mondiale ne signale que ce sont les grandes puissances, les multinationales et la Banque mondiale elle-même qui ont provoqué cette pauvreté.

Comme toutes les grandes agences internationales, comme tous les médias dominants, la Banque mondiale veut bien parler des pauvres mais sans jamais expliquer pourquoi ils le sont. Sans jamais faire le lien avec les riches. Comme si ces deux phénomènes étaient séparés, comme si la fortune des uns ne venait pas de l’exploitation et de la misère des autres.

A cause de cette dépendance envers les multinationales, tous les régimes qui ont précédé Chavez se sont montrés incapables de développer au Venezuela une économie moderne, équilibrée et satisfaisant les besoins de la population. Mais y a-t-il un remède pour sortir de cette impasse ?


La solution ? Un développement ‘endogène’.

Au lendemain du coup d’Etat économique de janvier 2003, Hugo Chavez lance un appel solennel à tous les secteurs du pays : « Indépendamment de notre idéologie, indépendamment de nos concepts politiques et philosophiques, nous avons tous un but commun : faire progresser le pays et l’économie afin de les développer. Pour créer de l’emploi, il est nécessaire de réactiver l’ensemble de l’économie : les petites et moyennes entreprises, les grandes entreprises, l’agro-industrie et l’agriculture. J’adresse un appel à tous, patrons d’entreprises et travailleurs, travaillons ensemble pour l’avenir du pays. Le Venezuela ne doit pas se contenter d’exporter du pétrole. Il doit également devenir un pays industrialisé, un pays agricole, un pays touristique. Et dans tout ceci l’industrie doit jouer un rôle fondamental. »[2]

Et comment développer le pays ? En créant une économie qui échappe à la dépendance envers les multinationales : « Avant tout, la production pour le marché national afin de satisfaire les besoins internes du pays. Exporter n’est pas la priorité pour notre pays. ». C’est ce que Chavez appelle le développement ‘endogène’ : « Etre en mesure de produire nous-mêmes les graines dont nous avons besoin pour ensemencer, la nourriture que nous consommons, les vêtements que nous portons, les produits et services dont nous avons besoin. Nous devons briser le carcan de la dépendance économique, culturelle et technologique. »[3]

‘Endogène’ signifie, selon le petit Robert : « Qui prend naissance à l’intérieur d’un corps, d’un organisme. » L’idée est que le salut ne viendra pas des exportations, mais de la croissance interne. L’idée, c’est de développer l’industrie et la production alimentaire nationale tout en augmentant la collaboration avec les autres pays latino-américains (qui d’ailleurs font partie du même ‘corps’ dans la vision de Chavez). Objectif : réduire fortement la dépendance à l’égard des investissements et des importations provenant des États-Unis. La priorité, c’est de soutenir les initiatives locales. Par exemple, le décret présidentiel 3898 oblige toutes les industries de bases – publiques ou privées – à fournir d’abord les entreprises de transformation nationales et à exporter seulement l’excédent.


Une économie mixte où coexistent diverses formes de propriété

Pour développer cette production nationale, deux éléments sont indispensables : 1. Une intervention forte de l’Etat pour remédier aux faiblesses de cette économie. Et la défendre contre les multinationales qui ne voient pas d’un bon œil ce pays leur échapper. 2. Une économie mixte combinant différentes formes de propriété.

« La révolution n’est pas là pour détruire la propriété privée, affirme Chavez. Au contraire, nous devons la stimuler et la soutenir afin de développer le pays en compagnie du secteur public. » Vu l’arriération et la faiblesse de l’économie vénézuélienne, il faut absolument mobiliser et soutenir toutes les formes de propriété et d’organisation économiques qui pourront s’avérer utiles. L’économie vénézuélienne sera donc, et pour longtemps, mixte : un secteur privé, un secteur public, un secteur coopératif. Tous les trois. Il s’agit de libérer les initiatives et la créativité des classes populaires tout en maintenant les formes de propriété capitaliste dont on ne peut se passer.

Ceci implique des politiques positives envers les capitalistes petits et moyens, envers la classe ouvrière, envers les paysans et aussi pour réintégrer les informels dans la production. Ces quatre axes sont tous indispensables…

D’abord, le gouvernement entend protéger les entreprises des petits et moyens capitalistes, car elles ont un rôle important à jouer. « Nous devons, dit Chavez, les protéger contre les monopoles, contre les taux d’intérêt élevés des banques, contre n’importe quelle menace susceptible de déstabiliser les petits et moyens projets que tant de Vénézuéliens voudraient lancer ou ont déjà lancés. »[4]

Une loi pour la promotion des investissements donne la possibilité à l’État de soutenir les entrepreneurs partout dans le pays. De même, l’instauration de la chaîne de magasins publics Mercal, décrite au début de ce livre, a permis aux pouvoirs publics de passer des contrats avec des coopératives, mais aussi avec les petites et moyennes industries. Néanmoins, la faiblesse générale de l’industrie ne permet pas d’offrir rapidement des emplois à ces millions de gens perdus dans le secteur informel. Que faire alors ? La création de coopératives semble une bonne réponse au problème…


Les coopératives : un beau projet…

A l’arrivée de Chavez, le Venezuela comptait seulement 762 coopératives légalement enregistrées. Depuis, leur nombre a explosé. Il y en aurait entre cinquante et septante mille. Il s’agit soit de petits commerces, restaurants ou hôtels, soit de petites entreprises de transports comme les moto – taxis de Caracas, soit de coopératives agricoles, soit encore de petits groupes qui s’occupent d’entretenir et d’embellir les quartiers. La plupart de ces coopératives comptent à peine cinq ou six membres, souvent d’une même famille.

8% des coopératives réalisent une production industrielle, et dans ce secteur, la taille est plus importante. Par exemple, lors de notre visite, près de trois cents ouvrières étaient employées dans les deux usines du noyau endogène Fabricio Ojeda, dans la banlieue de Caracas. L’une fabrique des chaussures. L’autre des T-shirts, des bleus de travail, des pantalons…

La création de ces coopératives a constitué une véritable petite révolution : « J’étais une mère qui restait à la maison », nous explique Maria, ouvrière de 35 ans qui parle avec un enthousiasme communicatif au milieu du bruit des machines : « Je me consacrais seulement à mon foyer. Quand la Mission est arrivée, je me suis motivée. J’ai terminé mon baccalauréat (je n’étais pas allée jusqu’au bout), je me suis formée, et aujourd’hui, je travaille ! »[5]

Même enthousiasme chez Alida Bastida, superviseuse élue par les travailleuses de l’usine de T-shirts. La quarantaine rayonnante, un sourire lumineux éclairant son visage, elle nous fait visiter les divers postes de travail : « Ici, nous avons des femmes qui étaient complètement enfermées dans leurs maisons. Quand le président a parlé de former une coopérative qui nous donnerait une formation et du travail, et qu’alors nous serions nos propres propriétaires, eh bien, tout cela a été une merveille pour nous. Nous étions remplies de fierté ! »

Est-ce ici la préfiguration d’un nouveau type de société ? Alida en est convaincue : « Ici, nous sommes toutes associées, pas de patron, nous sommes toutes propriétaires. » En parlant avec ces femmes, on sent que leur vie a changé du tout au tout. D’autant que leurs enfants sont pris en charge par une garderie, à côté de l’atelier, et ne sont plus un souci. L’émancipation grâce au travail.


…pour développer une économie populaire

Comment fonctionne la coopérative ? Les grandes décisions se prennent en assemblée générale, chaque mercredi : au milieu de la grande cour, entre les ateliers et le dispensaire de soins qui fait aussi partie du complexe Fabricio Ojeda, on a construit deux gradins de bancs qui se font face. Sous un large auvent, et sans murs car il faut que l’air circule. Ici, la nouvelle démocratie économique fonctionne à ciel ouvert.

Ce projet a été financé par PDVSA, la société publique du pétrole. Mais la décision de fonder une coopératives ne peut être parachutée d’en haut, les gens doivent d’abord s’organiser en collectif. L’initiative est venue des gens du quartier, nous explique Briteira Perez: « Nous avons commencé avec des assemblées, les gens se sont mis à discuter. Nous avons demandé aux enfants, aux adolescents, aux adultes, aux personnes du troisième âge : ‘Que devons-nous faire sur ce terrain là-bas qui appartient à PDVSA ?’ Ils nous ont répondu : ‘Nous n’avons pas de terrain de jeu, pas de clinique, ni magasin, ni centre de récréation’. Alors, nous avons rédigé un document et l’avons apporté à la société PDVSA, qui nous a bien soutenus. Aujourd’hui, notre rêve s’est réalisé. Nous avons une clinique, un magasin, un terrain de jeux, un centre de production, et de loisirs en même temps. Donc, une bonne qualité de vie. » [6]

Ce qui est en train de naître ici, c’est peut-être une nouvelle forme d’économie, liée à la vie des gens du quartier. Plus démocratique au fond. Comme le dit Wilmar, un des rares hommes membres de la coopérative : « Il s’agissait de partir des gens qui sont ici pour réaliser la transformation économique. On forme à un travail afin de réaliser une nouvelle manière de produire. Au lieu de produire pour quelques-uns, on produit de tous pour tous. »

Pour démarrer, ces coopératives ont fortement besoin des mesures d’encouragement de l’Etat : crédits généreux, longs délais de remboursement et exemption de toutes taxes. Les premières machines de Fabricio Ojeda ont été financées par de telles aides. Mais le but est qu’une coopérative devienne indépendante, rembourse les emprunts initiaux et soit capable d’acquérir elle-même ses équipements. En 2006, Fabricio Ojeda a pu acheter sur ses fonds propres huit nouvelles machines à coudre. Avec quelle fierté !


« Maintenant, nous pouvons prendre l’initiative. »

A Mango de Ocoita, sur la côte à 130 kilomètres à l’est de Caracas, les paysans de la coopérative Cafecao sont heureux que les sept millions de dollars versés par PDVSA aient permis de construire une usine qui traite leur cacao. Ainsi, ils peuvent produire du beurre de cacao, de la poudre et de la liqueur et les exporter eux-mêmes. Pedro Venegas, se réjouit : « Nous étions forcés de vendre nos fèves brutes à n’importe quel acheteur qui se présentait. Maintenant nous pourrons prendre l’initiative. »[7]. Pour cela, trois mille paysans se sont organisés en coopérative.

Même le tourisme peut devenir plus social. Par exemple, sur la célèbre et paradisiaque Isla Margarita, l’hôtel Residencia Guaiqueri, menacé de faillite, a réussi à se reconvertir. A présent, il est géré en coopérative. L’ancien patron dirige toujours le travail, mais dorénavant chaque travailleur a son mot à dire et est traité en égal. L’hôtel accueille à présent des centaines de fonctionnaires qui reçoivent des bons de vacances et paient seulement dix dollars la nuit. Les douze emplois ont pu être sauvés, et l’hôtel a même engagé seize nouveaux employés parmi la population pauvre et non qualifiée.[8]

Dans le secteur des petits services, j’ai senti le même enthousiasme. Sur un grand parking du quartier 23 janvier dans la banlieue de Caracas, Alfonso s’arrête un instant de balayer pour nous expliquer comment fonctionne cette petite société de nettoyage et d’embellissement : « Nous nous sommes associés à quarante. Cette société nous appartient maintenant, et nous surveillons nous-mêmes notre travail. »[9]

Les mentalités changent-elles facilement ? Alida explique comment son atelier gère l’absentéisme : « Si une travailleuse souffre d’un problème de santé légitime, elle peut bénéficier d’un congé tout en recevant le même salaire que n’importe qui d’autre. Par contre, à la fin de l’année, le bénéfice de la coopérative est redistribué à chaque travailleur sur la base du nombre de jours travaillés. » Et ça marche. L’an dernier, les ouvrières ont gagné presque autant en bénéfices qu’avec leur salaire.[10]

Tout comme les entreprises autogérées, les coopératives sont donc très utiles dans le contexte actuel du Venezuela. D’abord, elles élargissent le secteur productif et diminuent le chômage. Ensuite, elles apprennent aux gens à s’auto – organiser, à rompre avec la passivité et le fatalisme. Enfin, elles introduisent des comportements économiques nouveaux, qui ne sont pas tournés vers le seul profit, mais prennent aussi en compte la valorisation des membres et la satisfaction des besoins de la société.

Dans un pays peu développé, le système coopératif apparaît donc comme un facteur indispensable pour mettre en place une économie populaire. Par exemple, les coopératives de pêcheurs ont obtenu de bons résultats, parvenant à battre en brèche le monopole des grosses compagnies.

Actuellement, les coopératives occuperaient environ 7% de la main d’œuvre du pays. Ce pourcentage semble appelé à augmenter. Seulement, sans un appui solide de l’Etat, soit elles resteront limitées à des secteurs tout à fait marginaux, soit elles se feront éliminer par les grosses sociétés qui dominent le marché. Comme ce fut le cas en Europe au début du vingtième siècle.

L’économiste José Rivas nous confirme ce danger : « Prenez une coopérative de poulets. Elle travaille bien. Seulement, ce sont les multinationales qui contrôlent les couveuses, les aliments et la distribution. Comment voulez-vous qu’elles ne se fassent pas étrangler ? La pression est telle qu’en fait, ces coopératives risquent juste de servir de couverture pour une main d’œuvre purement capitaliste, mais non taxée ! » Aussi, un nouveau ministère de l’Economie populaire a été chargé de les protéger et les aider à se développer. L’Etat leur fournit des crédits intéressants et passe des contrats avec elles. De plus, la mission Vuelvan Caras distribue des bourses et organise des formations en gestion, comptabilité et autres techniques.


Changer les mentalités prendra du temps

Car il faut admettre que tout n’est pas rose. D’après l’organisme de contrôle, la moitié des coopératives seraient en situation irrégulière, ne fournissant pas leurs comptes de façon régulière et satisfaisante.


D’une part, de nombreuses coopératives sont en réalité des entreprises capitalistes classiques qui se sont déguisées pour bénéficier des avantages des nouvelles lois et ne pas payer certaines taxes. D’autre part, beaucoup fonctionnent de façon inefficace, car les coopérateurs manquent soit de conscience, soit d’expérience. N’ayant pas appris, par exemple, comment organiser une chaîne de travail. Il y a bien eu une formation au départ, mais elle n’est pas permanente. Autre problème : l’égalitarisme. Beaucoup de membres entendent appliquer d’emblée l’égalité dans les salaires. Mais ce n’est pas très réaliste, et des cadres ou travailleurs qualifiés vont donc chercher ailleurs.

Finalement, il semble que l’idée des coopératives soit excellente, mais bien difficile à réaliser. Quelques-unes ont atteint un réel niveau d’efficacité économique, mais la plupart sont encore incapables de soutenir la concurrence du secteur privé pour l’efficacité, les prix, la qualité. A cause de l’improvisation et d’une mauvaise utilisation des fonds publics, l’Etat a perdu des dizaines de millions de dollars.

Piloter une expérience aussi nouvelle n’est pas simple, indique Steve Ellner professeur à l’université d’Oriente – Anzoategui (Venezuela) : « Le ministère a tenté d’exercer davantage de contrôle, mais il se peut qu’il ait versé dans l’excès inverse. Les coopératives sont désormais tenues de demander tous les trois mois au bureau principal du ministère, à Caracas, un certificat attestant qu’elles ont bien assumé leurs responsabilités. Les démarches, qui incluent la présentation d’un bilan signé par un expert-comptable, demandent énormément de temps. Par ailleurs, la coopérative doit prouver sa solvabilité en matière d’obligations financières envers des agences gouvernementales telles que la sécurité sociale ou encore l’institut de formation professionnelle. »[11]

Face à ce bilan très mitigé, faut-il tout jeter ? Non, répond José Rivas : « C’est vrai qu’il n’y en a peut-être que 5% de valables jusqu’à présent. Beaucoup se sont formées pour voler l’Etat ou précariser la main d’œuvre. En fait, on manque de statistiques précises ; bientôt, seront réalisées les premières statistiques économiques depuis vingt ans. Même si une minorité seulement peut être qualifiée de succès, même si les former est difficile, il faut leur laisser du temps pour acquérir cette formation, pour développer une culture du travail productif. » Il faut ajouter une condition, estime l’économiste Rafael Enciso : « Une planification économique sérieuse doit absolument préciser quels types de coopératives sont nécessaires, pour remplir quelles tâches, et avec quelle formation idéologique. »

Pour le journaliste argentin Guillermo Almeyra, c’est dans ce défi que se joue l’avenir du Venezuela : « Chavez veut ‘semer le pétrole’, c’est-à-dire développer avec la richesse pétrolière la production d’aliments et de produits agroindustriels. Mais pour que cette intention louable devienne réalité, il ne suffit pas de verser des subsides aux paysans pour qu’ils ne quittent pas la campagne pour la ville : il faut leur donner des terres, du soutien technique et, surtout, des conditions politiques pour leur permettre de surmonter de la bureaucratie durant une première phase pendant laquelle ils devront apprendre, en trébuchant, comment produire en autogestion et comment répondre à un marché intérieur imprécis et en formation. »[12]

Les coopératives ont donc besoin de temps pour se former et élever leur niveau de conscience. C’est tout un processus. Mais celles qui ont résisté à l’épreuve du temps ont réussi à réintégrer de nombreux exclus dans l’économie productive. Elles ont permis à leurs membres d’acquérir des compétences de gestion et de changer leur attitude dans le sens de la coopération et de la solidarité. Ainsi, les membres des coopératives sont légalement tenus de travailler pour leur communauté, par exemple en assurant un service de maintenance dans les écoles ou en distribuant des cadeaux de Noël aux enfants. De plus, partager les bénéfices de l’entreprise permet de rompre avec la tradition du travail salarié.


Les usines récupérées

Aux coopératives, il faut ajouter ce qu’on appelle les ‘usines récupérées’. Il s’agit d’usines que leurs patrons ont fermées, et dont les ouvriers tentent de continuer la production avec le soutien de l’Etat.


Comment ça se passe ? Soit l’Etat négocie la reprise avec les propriétaires, soit il les exproprie moyennant une indemnité raisonnable. Il remet alors l’entreprise aux travailleurs qui devront lui verser une redevance. La gestion est confiée conjointement aux élus des travailleurs et aux représentants de l’Etat.

Exemple : l’entreprise Sanitarios Maracay. Lorsque ses 800 travailleurs ont fait grève pour exiger le paiement effectif des salaires et le respect des conditions légales de travail, le patron Alvaro Pocaterra a fini par mettre la clé sous le paillasson, préférant investir ses capitaux dans des affaires lui rapportant plus. Pourtant, l’usine disposait de bonnes machines et sa production s’écoulait. Avec les besoins du pays en nouveaux logements, c’était certainement une production utile. L’Etat a donc aidé les travailleurs à la continuer. Sauver des entreprises que la bourgeoise vénézuélienne laisse tomber, c’est empêcher la désindustrialisation, c’est préserver le pouvoir d’achat et l’emploi. Egalement dans les entreprises sous-traitantes.

Mais, après un an, l’expérience de Sanitarios Maracay a pris fin. Ce n’est pas le seul échec d’une usine récupérée. En cause, notamment : les divisions qui marquent le mouvement syndical. Comment continuer une usine autogérée sans que les travailleurs se transforment en patrons ? Au sein du mouvement ouvrier, ce débat ne fait que commencer.

C’est qu’il s’agit d’introduire peu à peu une autre logique économique. Haïman El Troudi, un proche conseiller de Chavez, propose d’appeler « entreprises de production sociale » ces usines récupérées ainsi que les coopératives : « Les Entreprises de Production Sociale produisent pour satisfaire les besoins sociaux, et non pas dans l’objectif de vendre pour vendre et d’augmenter leurs revenus. Elles ne cherchent pas à stimuler la consommation de biens superflus ou luxueux, elles se concentrent sur la fabrication de produits fondamentaux pour la subsistance des humains. Elles accomplissent des prestations sociales au bénéfice de leurs communautés, elles se lient aux conseils communaux, elles tissent des relations de commerce équitable, rompent les chaînes de la distribution et de la spéculation, construisent des relations de démocratie directe à l’intérieur des unités de travail, donnent une rémunération digne aux travailleurs : à chacun selon ses besoins et selon son travail, elles prennent un engagement écologique envers les générations futures… » [13]

Transformer la société implique de transformer l’homme. Comme Che Guevara, mais avec d’autres méthodes, Chavez ambitionne de préparer « l’homme nouveau ». Une tâche de longue haleine.


Pourquoi la réforme agraire n’avance pas très vite

Pour qu’une réforme agraire réussisse, il faut que les petits paysans – qui partent avec un handicap face aux grosses exploitations et aux importations des multinationales étrangères – obtiennent des terres, mais aussi des crédits à bon marché, des machines modernes, des formations techniques.

Mais ça ne suffit pas. Face aux multinationales qui dominent les marchés internationaux, l’Etat devra également jouer un rôle important. Notamment en aidant à relancer les productions locales traditionnelles qui ont été délaissées ou carrément abandonnées lorsque le Venezuela est devenu un Etat accro au pétrole.

Par exemple, le chocolat. Le cacao vénézuélien est de grande qualité. Actuellement, il s’exporte en Suisse, en Italie, en Belgique. Et revient au Venezuela sous forme de… bâtons bien plus chers. La matière première vient du Sud, le profit se réalise dans le Nord. Pareil pour la canne à sucre et le café. Dans les Andes et à l’est du pays, on cultive un café qui pousse à l’ombre et donne des grains de grande qualité, aux arômes doux et puissants. Il exige davantage de main d’œuvre, mais pourrait développer les exportations.

Comment développer des productions locales plus élaborées qui créent de la valeur dans le pays même ? L’Etat devra aider les coopératives paysannes à acquérir le savoir-faire nécessaire et à récupérer le contrôle des produits.[14]

Toutes les réformes agraires qui ont eu lieu en Amérique Latine ont échoué faute d’avoir assuré ces diverses tâches. Avec Chavez, c’est différent. D’abord, de nombreux paysans ont participé à la rédaction de la nouvelle loi générale sur les terres et le développement agraire du 9 novembre 2001. Ensuite, un Institut National des Terres a été créé pour mettre en oeuvre la réforme agraire. Tandis qu’un Institut National du Développement Rural s’occupe des crédits, des technologies, de la formation technique et de la construction des routes. Enfin, la Corporation Agricole Vénézuélienne (CVA) est chargée de commercialiser les produits des paysans.

En 2004, le gouvernement installe cent trente mille familles sur environ deux millions d’hectares. En 2005, il concède deux cent mille hectares à des coopératives dont la priorité sera de produire pour le Venezuela. Dans un pays où d’importantes surfaces servent à l’industrie agro-alimentaire (sucre, farine, boissons fermentées), ceci représente un changement de modèle agricole : « Nous devons produire de la nourriture pour la nation », explique le paysan José Hernandez lors d’une occupation de terre, dans l’Etat de Yaracuy.

Indispensable donc, la réforme agraire s’est pourtant opérée de façon très prudente. Ne touchant que les propriétés de plus de cinq mille hectares, considérées comme improductives. Et encore, ces terres ne peuvent être expropriées que partiellement et moyennant compensation financière au prix du marché.

Chavez avait pris une position claire dès 2001 : « Certains secteurs s’opposent à la réforme agraire. Nous comprenons qu’ils s’y opposent, mais nous comprenons davantage l’intérêt de l’immense majorité des paysans, des petits producteurs, des producteurs moyens, des familles vénézuéliennes qui n’ont jamais obtenu le droit à la terre, un facteur vital pour le développement du pays, pour le développement intégral du Venezuela. »[15]

Mais la réforme agraire est combattue très violemment par les grands propriétaires de terres alliés à la bourgeoisie compradore. En quatre années à peine, cent trente paysans ont été assassinés par leurs milices. Malheureusement, la plupart de ces meurtres restent impunis. Dans certaines régions du pays encore contrôlées par l’opposition, des groupes paramilitaires liées aux forces colombiennes maintiennent une activité importante en toute impunité, grâce à l’appui d’éléments corrompus de la police et de la Justice vénézuéliennes.

Face à cette violence, Chavez a radicalisé son orientation. En 2005, parlant dans l’exploitation récupérée Hato La Marquesana (dont 80% des terres étaient inutilisées), il a prononcé ces paroles fortes : « Le latifundio doit disparaître du pays, car il affecte gravement la production nationale. »

Mais on doit à la vérité de dire que si la réforme agraire avance très lentement, ce n’est pas seulement à cause de la violence des milices, mais aussi à cause de la bureaucratie. Ce mal qui atteint tout l’appareil d’Etat, contamine également les instances chargées d’aider les paysans. En conséquence, la productivité des petites entreprises agricoles reste beaucoup trop basse. Elles ne peuvent concurrencer les importations qui ont fortement augmenté ces dernières années avec la hausse du pouvoir d’achat. De plus, tant qu’il est possible d’importer des aliments étrangers meilleur marché, les gens des villes sans travail ou à bas revenus ne seront pas motivés pour aller travailler à la campagne. Bref, la souveraineté alimentaire est un beau projet, mais encore loin d’être réalisé.


Beurre français contre beurre vénézuélien

Ce ne sont pas seulement les grands propriétaires que les paysans affrontent, ce sont aussi les intérêts de l’industrie et du commerce alimentaires.


Voici les données du problème : 1. La fédération patronale des entreprises alimentaires contrôlerait actuellement 86% de la distribution des aliments du pays; le réseau alternatif Mercal n’en contrôlerait que 14%. 2. Aujourd’hui encore, le Venezuela importe 85% de ses aliments. Même la chaîne Mercal, aussi surprenant que cela paraisse, distribue encore une majorité de produits importés.

Si vous entrez dans un supermarché de Caracas, vous serez frappé de le voir envahi, aujourd’hui encore, par les produits étrangers. Au Venezuela, on fabrique du beurre Maracay, mais c’est le beurre français Elle & Vire qui est moins cher et qui trône partout dans les étals.

Romain Migus, qui vit à Caracas, a son explication sur cette frénésie d’importations : « En France, on considère normal un retour sur investissement de 30 ou 40%. Les capitalistes d’ici, il leur faut du 400% ! Si tu considères l’agriculture, c’est un investissement à long terme. Les premières années, tu ne gagnes pas. Mais, ici, les capitalistes se sont habitués au pétrole et ont toujours exigé des profits rapides. Donc, à l’agriculture et à ses bénéfices limités et lents, ils préfèrent le commerce, la spéculation.

Quand j’ai dû acheter un petit camion pour mon association, j’ai découvert les entreprises « attaché case plus téléphone portable ». Mon revendeur n’avait que ça et il se bornait à placer des camions importés. Les revendant 30%, 40% plus cher. Prenant de fortes commissions sur le prix, mais aussi sur l’assurance et les accessoires. Tout ça, c’est du parasitisme ! Ca se passe avec tous les produits du Nord qu’on se contente de revendre en touchant une grosse commission. On importe des camions, des ordinateurs, de la nourriture, des casseroles, du cuivre, du caoutchouc, du talc (toutes choses qui se produisent ici aussi) et on s’enrichit juste comme intermédiaire. Evidemment, ça détruit la production locale. »


L’Etat doit jouer un rôle important dans la nouvelle économie

Qu’il s’agisse de la réforme agraire, des coopératives ou des usines récupérées, on voit que l’Etat vénézuélien joue un rôle important. Il protège des forces sociales qui risquent d’être écrasées. Il organise une coopération entre des classes qui ont certes des contradictions entre elles, mais qui ont aussi un commun intérêt à échapper aux multinationales. Ce rôle de l’Etat peut étonner. Ne dit-on pas en Europe que l’Etat doit se désengager de l’économie et en faire le moins possible ?

En fait, il s’agit de deux types d’Etat bien différents. Au Nord, l’Etat sert les multinationales même s’il fait tout pour que ça ne se voie pas trop. Avec Chavez, il s’agit de construire un Etat totalement différent, défendant vraiment l’intérêt général. La tâche de cet Etat sera de protéger les faibles, mais aussi d’assurer un développement ‘intégral’ du pays. C’est-à-dire : coordonnant tous les secteurs et ne se limitant pas aux secteurs qui profitent à l’élite.

Pourquoi revient-il à l’Etat de diriger le développement du pays ? Parce que la bourgeoisie nationale, comme nous l’avons vu, n’a pas la force de tenir tête aux multinationales. Dans le tiers monde, il est donc indispensable que l’Etat joue un rôle central dans l’économie. Relancer la production, récupérer des entreprises détournées ou sacrifiées, redistribuer les revenus, mettre fin à l’évasion des capitaux, placer le secteur financier au service des autres, contrôler les échanges avec l’étranger, utiliser les revenus du pétrole, du gaz et des matières premières afin de créer d’autres industries, investir dans les travaux d’infrastructure nécessaires : ports, autoroutes, train, métro…

Tout ceci exige un Etat puissant et actif. Ce fut une condition nécessaire au développement des Etats-Unis, de l’Allemagne et du Japon au 19ème siècle. Et de la Chine au 20ème. De même, tout pays du tiers-monde qui entend se développer aura besoin d’un Etat fort.


Les 49 Lois fondamentales : rupture avec le passé

Pour donner du pouvoir à l’Etat sur l’économie, Chavez commence par faire adopter, en novembre 2001, les 49 Leyes habilitantes, sorte de lois fondatrices fixant les principes de base des divers secteurs économiques. L’idée générale, c’est de démocratiser la propriété et la production.

Bien entendu, tout doit commencer par le pétrole qui ne peut rester un ‘excrément du diable’. Dorénavant, il doit faire le bonheur de la nation, et non son malheur. Donc, la nouvelle Loi des hydrocarbures met fin à la privatisation rampante des vingt dernières années.

En récupérant la maîtrise sur l’or noir, l’Etat vénézuélien pourra le mettre au service d’un développement équilibré de l’économie dans son ensemble. A condition de « semer le pétrole », comme dit Chavez, c’est-à-dire de redistribuer intelligemment cette manne financière… Les autres ressources du sous-sol (or, diamant, cuivre, nickel, uranium…) devront aussi être utilisées de façon rationnelle et socialement utile.

Parmi ces 49 lois, il faut signaler : 1. La loi des terres qui permet à l’Etat de saisir et redistribuer des terres privées. 2. La loi de la pêche qui agrandit la zone de mer territoriale à six milles marins et surtout favorise la pêche artisanale au chalut afin de préserver l’équilibre écologique. 3. La loi de micro – financement qui soutient l’économie sociale et notamment l’incorporation des femmes au marché du travail au travers de petites entreprises.

Avec ces 49 lois, la porte s’ouvre pour une nouvelle conception de l’économie et de la société…


Empêcher l’argent de partir

Pour jouer son rôle, le nouvel Etat doit maîtriser deux problèmes clés : 1. Empêcher l’argent de partir. 2. Contrôler les secteurs stratégiques.


Comme les impôts n’étaient guère perçus, le gouvernement a repris en main les services fiscaux. Seulement, pour que l’argent rentre dans les caisses, il faut d’abord l’empêcher de quitter le pays. Début 2003, lorsque la droite vénézuélienne a organisé sa deuxième tentative de coup d’Etat en sabotant le pétrole et l’économie, elle a aussi organisé une fuite massive de capitaux, estimée à un milliard de dollars en un mois ! Or, à l’époque, les réserves de la Banque centrale s’élevaient à peine à douze milliards.

Le pouvoir a riposté en instaurant immédiatement un contrôle total sur les changes. Il fallait absolument empêcher cette fuite massive des capitaux et la mise en faillite de toute l’économie vénézuélienne. Depuis, la Banque centrale vénézuélienne est responsable de la totalité des changes avec l’extérieur. Dorénavant, la monnaie nationale s’échange à un taux fixe et stable : 2,15 bolivars pour un dollar. D’autre part, les réserves de change de la dite Banque centrale ont été portées à trente milliards de dollars.

Bien sûr, les Vénézuéliens riches hurlent que tout ceci viole les libertés les plus sacrées et qu’ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent avec leurs capitaux. Fort bien, mais cette affirmation mérite peut-être un débat. Sont-ce bien ‘leurs’ capitaux ? Si ces fortunes ont été construites en détournant les richesses de l’Etat, en faisant main basse sur les richesses naturelles de la nation, en exploitant et réduisant à la misère des paysans qu’on a dépouillés de leurs terres, à qui appartient au fond cet argent ?

Et si on invoque les droits de l’homme, on peut aussi poser le problème d’une autre manière. Les propriétaires de ces capitaux réclament le droit de les faire circuler en totale liberté, de quitter massivement un pays pour gagner un peu plus dans un autre, et puis de quitter rapidement celui-là pour un troisième, et ainsi de suite. Cette ‘liberté’ aura pour effet qu’aucun gouvernement dans le monde ne pourra jamais réaliser un programme social car il sera soumis en permanence au chantage de ces capitalistes.

La droite prétend que ce contrôle des changes aurait des effets néfastes sur les échanges commerciaux. En réalité, après ces mesures, les importations ont carrément augmenté de 40% dès l’année 2005. Et la reprise de l’économie a permis d’affecter 5,5 milliards d’euros à des programmes sociaux. Comme l’explique la chercheuse française Yannick de la Fuente : « Loin de provoquer un isolement et une paupérisation du pays, le contrôle des changes a permis à un gouvernement régulièrement élu par ses citoyens de mettre en place une politique macroéconomique de développement social. »[16]

Source : Investig'Action

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"Pace fores obdo, ne qua discedere possit". Ovide, Fastes, I, 281 Tel le dieu romain, tel en son double-visage, telle est la dualité. Janus. La guerre et la paix.
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